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Cioran

     
   

Je vis 50 ans, seule

    Cher Monsieur Cioran,

C'est trop long, j'ai eu le sentiment de servir à quelque chose, la vérité est que je suis vide. Pourtant, tout le monde peut témoigner de ma générosité et maintenant que j'ai besoin d'eux, ils me rejettent prétextant qu'ils n'ont pas le temps... Je ne suis pas désespérée mais claquée!

C'est la première fois de ma vie que j'apprivoise la mort... Je me dis: «viens, viens vite, je ne veux plus souffrir pour moi, (pour les autres, c'était entendu)».

Dites-moi quelque chose, s.v.p.!

Palmira

Chère Madame Palmira,

Toutes mes excuses pour cette réaction tardive, je souffre encore de sinusite. Et je suis assez mal en point. Je peine à m'accommoder des usures du corps. J'ai encore des progrès à faire dans l'apprentissage de la modestie et de la résignation.

Si je vous lis bien, les gens apprécient votre présence, c'est heureux, mais il me semble que vous ne devriez pas vous piéger en attendant un retour. Ou allez vers d'autres et laissez ces malfrats. Le choix est vôtre.

Et la mort cette grande compagne de vie. J'ai déjà écrit que la pensée de la mort aide à tout, sauf à mourir, mais comme j'aime me contredire je dirais que d'avoir toujours accepté la mort comme compagne m'a beaucoup aidé à vivre. Apprivoiser la mort parce qu'il faut faire face à cette dernière et inévitable sortie de scène mais aussi pour saisir la seule fenêtre de vie que vous avez dans cet univers.

Bien affectueusement,

E.C.


Je souffre encore de sinusite. Et je suis assez mal en point. Je vous demande pardon, la douleur, physique ou morale, peu importe, ça ne sont que des douleurs qu'il faut soulager à tout prix!

J'ai encore des progrès à faire dans l'apprentissage de la modestie et de la résignation.

Non, cela n'est pas vrai, la modestie OK, la résignation offense la vie et la mort n'est pas responsable!

Si je vous lis bien, les gens apprécient votre présence, c'est heureux, mais il me semble que vous ne devriez pas vous piéger en attendant un retour.

Là vous me plantez un gros clou dans l'âme, mais je vais l'enlever, or je vais me servir - d'une manière artificielle - de me passer d'eux. Car une personne n'est pas née à la vie pour se défendre de son entourage sinon pour l'harmonie de vivre...

Et la mort cette grande compagne de vie.

La mort m'accompagnera toujours, la mort est ma seule amie; je lui raconte toutes mes peines sachant qu'elle le sait. La mort est la seule vérité que je connaisse. Je n'ai pas hâte, elle le sait... Je m'agrippe à elle tous les soirs avant de m'endormir et, le lendemain, je me réveille avec la surprise de vivre encore...!

Votre amie, Palmira