Georges Dazet
écrit à

   


Cioran

     
   

Gloire

   

Monsieur Cioran,

Je vous connais depuis peu grâce à vos cahiers que j'ai pris un plaisir inouï à lire. Il me vient seulement une question. Je me me demande ce que, vous qui dédaigniez à ce point la gloire que vous définissiez l'approbation des hommes comme une humiliation, vous pouvez penser du petit prestige dont vous jouissez auprès de certains «intellectuels» et de quelques adolescents désespérés.

Avec mon plus profond respect,

Georges Dazet.



Monsieur Dazet,

Je suis plutôt à l’aise avec ce paradoxe. Je râle mais je ne suis pas misanthrope. Je change d'ailleurs constamment d'humeur, et c'est pourquoi j'écris des fragments. Pour pouvoir me contredire. Je peux donc m'accommoder de ce petit prestige tant qu'ils ne viennent pas trop m'embêter au jardin du Luxembourg.

Face au plaisir démesuré que vous avez eu à lire les cahiers, je me permets de me citer: «Enivrez-vous, buvez la coupe du plaisir jusqu'à la lie, pleurez ou riez, poussez des cris de joie ou de désespoir, il n'en restera rien de toute manière.»

Mes respects de même

E.M. Cioran



Monsieur Cioran,

Je vous remercie gracieusement d'avoir pris la peine de me répondre quand rien ne vous y obligeait, peut-être aurais-je à l'avenir d'autres questions à vous poser histoire que vous ne dépérissiez pas chez Dialogus, pour l'instant il ne m'en vient aucune.

Georges Dazet.