Isabelle
écrit à

   


Cioran

     
   

Et les femmes?

    Bonjour Monsieur Cioran,

Il paraît que Schopenhauer vous a influencé. Il a écrit un essai, sur les femmes, incroyable de méchanceté. Comment expliquez-vous que cet homme brillant qui écrit divinement ait pu se tromper à ce point sur les femmes en les comparant à plusieurs reprises à des animaux tout juste capables de singer les hommes?

Merci, et pardonnez-moi de vous poser cette question qui porte plus sur votre «maître» que sur vous...

Isabelle


Chère Isabelle,

Je ne peux certes nier l'influence que les travaux d'Arthur Schopenhauer ont eue sur ma réflexion. Mais je dirais que si on peut le qualifier de pessimiste, je me rangerais plutôt du côté des sceptiques et des nihilistes. Aussi, la place qu'il accorde par exemple à nos instincts, à la souffrance et à la douleur profonde de l'expérience humaine me touche. Et tout comme lui, je crois que l'art ou l'écriture sont des stratégies qui nous échappent un peu.

Cela dit, on ne peut que constater que ce fils d'un père tout probablement «suicidé» n'était pas très doué pour le commerce des hommes, et des femmes... Qu'il ait quitté l'université de Berlin après six mois d'enseignement à cause de l'absence d'étudiants et qu'il ait passé les vingt-sept dernières années de sa vie avec Atma et Butz, ses caniches, en témoigne. Ses obscurs démêlés avec Caroline Marquet ajoutent aussi à sa misanthropie. Mais comment dire plus, comment expliquer? Tant de chemins, de frustrations, d'inconsolations peuvent mener à la détestation permanente, irraisonnée.

Mes respects,

Émil