Etienne Paulin
écrit à

   


Cioran

     
   

Digne de Cocteau

    Cher monsieur Cioran,

Ne pensez-vous pas que vous avez longtemps bénéficié d'une certaine forme de cécité de la critique littéraire? Franchement, ne considérez-vous pas que vos aphorismes sont finalement aussi infantiles et complaisants que les formules prétentieuses d'un Cocteau?

Avec mon plus grand respect,

Etienne



Cher Étienne,

Vous seriez alors d'accord avec moi quand, à Zurich, j'ai répondu à d'éminents professeurs me saluant comme l'égal de Kierkegaard, Schopenhauer, Baudelaire, Marc-Aurèle et Maître Eckart que je n'étais qu'un déconneur...

Vous me rappeler aussi au premier devoir du lever: rougir de soi.

Enfin, je me permets, en réponse, de vous accabler d'un de ces insoutenables aphorismes: «Ce que les autres font, nous avons toujours l'impression que nous pourrions le faire mieux. Nous n'avons malheureusement pas le même sentiment à l'égard de ce que nous faisons nous-mêmes», De l'inconvénient d'être né.

Mes respects aussi

E.M. Cioran

rue de l'Odéon

Paris