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M-P
écrit à

Samuel de Champlain


L'évolution


   

Cher Samuel de Champlain,

Je suis un élève de Rochambeau. Je suis heureux de pouvoir vous parler! J’espère que vous allez bien, que vous avez fait bon voyage et que vous êtes bien arrivé au Québec.

Comment avez-vous changé cette vaste région de néant en une partie du globe renommée, éduquée et vénérée en Amérique du Nord? Comment avez-vous quitté votre famille pour partir vers une terre hostile et enneigée? N'est-ce pas trop dur? Je vous admire pour votre courage et votre détermination A parcourir tous ces kilomètres pour atterrir sur une terre perdue et envahie par tous ces indigènes!

Comment se déroulait une journée au Canada? Faisait-il très froid?

J’ai hâte d’avoir vos réponses à ces questions qui m’intriguent beaucoup. Je vous souhaite bonne chance pour la suite et je prie pour que vous rentriez intact en France.

Cordialement,

Anonymous


Monsieur M-P,

Vous m'apprenez par le biais de votre lettre la renommée que peut avoir la région de Québec en votre temps. Lors de notre installation nous ne pensions qu'à servir notre patrie, la France et son bon roi en lui offrant tous les bénéfices que ces nouvelles terres pouvaient apporter.

Au moment où je m'embarquais pour la Nouvelle-France, je n'avais point de famille, je ne me mariai que bien des années plus tard et n'eus jamais de descendance. Je ne vous cache point que cela me facilita grandement la vie. Ce fut l'Oncle qui me le fit comprendre et il avait raison; laisser sa famille derrière soi est une faiblesse à laquelle ont succombé de nombreux hommes avant et après moi.

Il est dans mon essence même d'aimer découvrir de nouvelles terres aussi étranges et hostiles puissent-elles être; les sauvages furent tout à la fois nos pires ennemis et nos meilleurs alliés. Encore fallait-il pouvoir communiquer avec eux, chose à laquelle nous dûmes nous employer très tôt. De toute façon nous n'avions guère le choix si nous voulions explorer plus avant ces nouveaux territoires. Je fus blessé à de nombreuses reprises lors des conflits qui nous opposèrent à ces sauvages.

Nos journées se passent mais ne se ressemblent point. En ce moment même, nous préparons le prochain hivernage. Il nous faut stocker ce dont nous aurons besoin pour toute la saison froide, réparer ce qui doit l'être. En été, quand nous ne rentrons point en France, nous lançons des explorations. Il nous faut aussi communiquer avec les sauvages et négocier avec eux, écrire et envoyer les différents rapports au roi et éventuellement préparer un retour dans nos contrées si cela est demandé. Je m'ennuierais fort si mes journées étaient semblables les unes aux autres. L'hiver peut être si monotone que nous ne désirons point donner de la monotonie à la belle saison de sorte que je n'ai point de programme type à vous expliciter sur nos occupations journalières. Je peux tout autant être occupé à traverser des terres inconnues qu'à soigner les rosiers qui bordent l'Habitation.

Pour en revenir à l'hiver, il y fait effectivement très froid: les plus faibles d'entre nous ne peuvent y survivre et même si les pertes tendent à s'amenuiser avec le temps, elles sont quand même bel et bien réelles. Notre premier hivernage fut le plus meurtrier du genre et j'y perdis de nombreux amis.

Recevez mes prières mon bon ami, que Dieu nous garde! Pour être franc avec vous, ce n'est point de rentrer vivant en France que je lui demanderais, mais de pouvoir rester auprès des miens ici à la Nouvelle-France le plus longtemps possible.

Très humble et affectionné serviteur,

Samuel de Champlain

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