Pour mémoire... |
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| Mr Chateaubriand, Je suis bien heureux de vous retrouver aujourd'hui car vous pourrez peut-être me délivrer d'une tâche fort lourde. En la classe de troisième d'un petit collège de la banlieue nord-parisienne, la professeur de français fit apprendre à mes camarades et moi-même, en guise de poésie, quelques lignes d'une de vos oeuvres. Ce passage m'est resté en mémoire car malgré mon jeune âge et un certain manque de culture je fus touché par ce regard que vous portiez sur la vie dans cette prose. Aujourd'hui mon bonheur serait grand de lire cet ouvrage et de retrouver le passage qui est ancré à jamais dans mon humble encéphale. Hélas je ne sais quel est son nom et lire l'intégralité de vos écrits est une longue tâche: Pouvez-vous m'aider? Voici un morceau du passage que j'appris: «Plus la saison était triste, plus elle était en rapport avec moi. Le temps des frimas en rendant les communications moins faciles, isole les habitants des campagnes: on se sent mieux à l'abri des hommes. (...) Je voyais avec un plaisir indicible le retour de la saison des tempêtes. Le passage des signes et des ramiers... (...) rencontrais-je quelque laboureur. Je m'arrêtais pour regarder cet homme germer à l'ombre des épis parmi lesquels il devait être moissonné et qui, retournant la terre avec le soc de sa charrue mêlait sa sueur brûlante aux pluies glacées de l'automne, le sillon qu'il creusait était le monument destiné à lui survivre». Par avance merci, Mr Fifi |
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| La Vallée-aux-loups, le 22 Fructidor Cher Fifi, Je vous dois un grand merci, tant ma joie est immense que remonte en moi un si précieux souvenir. Quelle délicieuse pensée que ces longues promenades dans ma Lande natale; les flots et le vent déchaînés qui tourmentaient la nature. C'était alors une véritable communion avec mon coeur. J'ai écrit ces quelques lignes en un temps où sous l'emprise du délire, je composai mon idéal de femme, mon fantôme d'Amour. Durant deux années j'ai vécu retiré, presque malade aux confins de la vie par delà la raison, passionné chaque nuit un peu plus par la force et la volupté de l'automne. Je crois pouvoir vous dire que vous retrouverez certainement vos lignes dans les Mémoires; un chapitre que j'ai nommé: Mes joies de l'automne. Bien à vous, CHATEAUBRIAND. |
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| François-René, Merci beaucoup pour votre réponse qui comble largement ma demande. Grande est ma joie en apprenant que j'ai pu vous faire plaisir en écrivant cette missive. Comme d'aucuns sur cette planète j'ai grand désir de faire plaisir à mon prochain, aussi je tâcherai de vous transmettre mes sensations lors de la lecture (prochaine) de votre ouvrage. Une question me passe à l'esprit: qu'en est-il de cet amour qui vous conduisit à la solitude ces deux années durant? Bien à vous Mr Fifi |
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| Très cher Fifi, Chacun des évènements de ma vie prenant un caractère ardent m'entraîne hors du commun. Il en est ainsi de ma fugitive rencontre avec une jolie inconnue qui me pressa à la fenêtre du château familial. Je découvrai que l'Amour pouvait être passion brûlante et ce fût le commencement de deux années où je vécus replié sur moi même. Toutes les belles du passé se mêlaient aux beautés de mon temps et je composai ma femme idéale. Elle me suivait partout et nous devisions sans cesse. Chaque réveil était plus douloureux tant ma piètre personne ne pouvait inspirer aucun transport au beau sexe. Ces deux années d'errance exaltée prirent fin lorsque fataliste j'acceptai la sentence de mon vieux fusil et lorsqu'une mauvaise fièvre me tînt entre vie et mort durant six semaines. Ainsi se terminent ma vie recluse et ses chimères . Bien à vous, CHATEAUBRIAND |