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Poème |
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Très chers amis, je vous écris ces quelques lignes en souvenir de
mon voyage avec Juliette sur la côte opaline, je considère que vous
en ferez bon usage!
Opaline, «âmes en paix», Ô, Opaline, quête infatigable aux bleuités océanes, Que vaille la peine d'étendre cette douce Suscite votre attachement infatigable, Que veille à sa guise cette dame sur sa Conquêtes et défaites de la hauteur des Légères et sublimes, ciels célestes Soyez ce que je serai et n'attendez Dansez, dansez donc de vos Pâques Qu'en attend l'absence à résigner À cœurs à la ligne que de plumes n'en cygnent Que montent les sphères plus hautes Que de rimes à de signes Et la brise et le souffle en seront Qu'à n'en dire à suffire et sublime le monde Aime et n'en déplaise à la route te guide Quintessence survivance puisque espoir P.-S.: Je me présente. Jacqueline. Je suis médium ou personne dite «à double-vue». Victor Hugo me dit que je suis son âme sœur perdue et qu'il vient de retrouver: Juliette. Il me demande de continuer d'écrire. P.-S. 2: Monsieur de Chateaubriand, peut-être nous connaissons-nous? Merci de me répondre par courriel. Aussi l'infini petit dans l'infiniment grand, le jour d'une vie et les lettres gravées ne représentent-ils pas ce qu'il y a d'intemporel dans l'amour. En ce qui concerne la ressemblance physique, référez-vous au portrait peint de Juliette. Je dirais qu'elle me ressemble beaucoup plus vue sous cet angle des trois filtres, comme si ce jour là c'était son visage du futur qui avait été représenté. P.-S. 3: transmettez ce courrier à Monsieur de Chateaubriand. Paris le 23 Frimaire AN 214. Très chère âme sœur, Vous ne pouvez cacher, en effet, le lieu qui vous inspira ces vers! J'ai reconnu la lande de mon enfance. Et il y a bien quelque souffle du large dans ces lignes. Vous dites être une personne à double vue, V.H. a retrouvé son amie de cœur, son âme jumelle, sa Sylphide. Je sais ce cher Hugo versé, dans le spiritisme, il n'en est pas à sa première tentative. Heureux homme par votre rencontre, moi qui erre rue du Bac toutes les fins d'après-midi à la recherche du seul être qui ne m'ait jamais manqué! On habite avec un cœur plein un monde vide, et sans avoir usé de rien, on est désabusé de tout. Nous nous connaissons en effet, chère Princesse! Je vous vis dans votre loge lorsque vous jouâtes la Négroni, en 33. Ce fût notre unique rencontre. Je vous quitte ici, les soucis de santé de Madame Chateaubriand, m'appellent à son chevet, sans doute le temps, très froid depuis quelques jours; une autre belle âme que j'ai par trop fait souffrir. BIEN A VOUS CHATEAUBRIAND. Brest, le 27 Frimaire AN 214 Très chère âme sœur, ami perdu voilà plus de deux-cents ans, Me voilà enfin soulagée de retrouver votre trace, quelque part où les grands esprits se rencontrent... Je vous remercie de tout cœur de votre douce gentillesse et je vous promets de continuer de prier ainsi pour les âmes perdues... Soyez donc rassuré, le temps guérit de tout, la vague à l'âme n'est que passagère! Les promesses de retrouvailles intemporelles pour ceux qui savent aimer attestent par elles-même l'existence de cet idéal. Laissez-moi vous apporter ma compassion en ce moment difficile où votre dame est alitée. Restez fort et dévoué comme votre conscience vous l'a appris, puisse Dieu apaiser votre peine. Très cher ami, il y a des promesses qui survivent à la mort, nous en sommes tous deux témoins. Tout cet océan d'incompréhension pour les êtres chers qui nous entourent, restons emplis dans leurs vides. Soyons grands et tolérants comme nous l'a appris l'Histoire, restons humbles et petits face au merveilleux. Votre mail m'a émerveillée tel une renaissance, vous-même, peut-être âgé aujourd'hui, n'avez point l'âge que vous paraissez... Moi, je vous vois toujours jeune en cet unique instant où nos âmes se sont croisées. À travers un regard furtif... Je me souviens de cette maison où des perles perdues sont encore sous le plancher. La pièce chaude et rouge où nous aimions recevoir, j'aime toujours autant l'odeur du café et je possède un carnet rouge que j'emmène partout avec moi... Lorsque vous êtes entré dans la loge exiguë, sans frapper, très cher ami, je me souviens, j'étais encore debout puis je me suis retournée. Vous vouliez me dire que vous m'aimiez, je vous ai renvoyé. Pardonnez-moi aujourd'hui, je n'ai pas su l'entendre, le cœur déjà trop rempli. Je garderai cette amitié précieusement dans mon cœur, telle une racine de vérité. Soyez heureux dans votre vie très cher ami. Pour ma part, j'ai décidé de prendre la plume à trente-deux ans en caressant l'espoir, en toute modestie, de communiquer mes idées. Chaleureusement et respectueusement. Jacqueline Paris, rue du Bac, Le 12 nivôse AN 214. Chère Jacqueline, Ainsi, vous logez à Brest! J'ai passé quelque temps dans cette ville, dans une attente qui ne fut jamais récompensée. Pardon de ne point partager votre joie à l'idée de retrouver les futiles bruits du monde. Toute ma vie et ses aventures ne sont et ne seront à jamais que tourments pour moi. Je n'aspire qu'au repos du corps et de l'âme dans un salon de l'abbaye au bois; cet endroit hors du temps, près d'une eau si calme où, parmi les meubles étrusques et les draperies de soie blanche, je peux contempler ma Juliette sur sa méridienne bleue, voilée de mousseline blanche, ma sylphide dans la lande. Je suis fort marri de votre méprise quant à notre unique rencontre; je vous sais très engagée auprès de V.H. et mon cœur ne m'appartient plus depuis longtemps. Puis-je me permettre une question, votre carnet rouge serait-il le fameux livre de l'anniversaire? Je trouve l'idée touchante. Bien à vous, CHATEAUBRIAND. |
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