Sebastiengracq
écrit à

   


François René de Chateaubriand

     
   

Paysage 

    Bonjour,

Selon vous, quelle place occupent les paysages dans votre oeuvre? Dans quelle mesure sont-ils un miroir de votre création?


La vallée aux loups, 19 fructidor AN 214

Bonjour,

Les paysages occupent, très certainement, une place de tout premier plan dans ma vie et aussi au long de mes écrits. La lande autour de Combourg, les forêts du nouveau monde, la campagne anglaise ou encore le plus vaste d'entre tous: l’océan; ces lieux ont été les témoins silencieux ou l'écho de mes rêveries, mes peines, mes joies, ma disgrâce, des rencontres, des émerveillements, sans doute aussi des sortes de déclencheurs, comme la poudre du canon. Ils sont le berceau de la poésie, et s'ils sont un reflet, c'est celui de la nature divine.

Très jeune, j'ai voulu voyager, mu par un indicible désir gourmand; l'envie de remplir mon âme et mon coeur d'immensités éternelles. Rien ne serait possible sans la présence d'un paysage; chaque paysage représente, pour au moins un être humain, ses racines. Voilà un mot fort qui emprunte au langage de la nature, pour exprimer nos attachements à une terre, un paysage...

Figés sur toile par le peintre, presque palpables, en quelques lignes sur des feuillets, théâtres involontaires des envies belliqueuses de possession du sabre, refuges discrets pour le goupillon, les paysages sont le monde. Partout présents, ils accompagnent le voyageur, le pèlerin, lui fournissent le gîte et le couvert.

Rêveries solitaires au bord du lac... Ils sont l'inspiration de nombreuses créations, des muses immobiles dont chacun s'empare.

Pour ma part, je sais que je ne ferais rien sans eux, je n'aurais de but, j'avancerais dans une errance aveugle, sans avoir aucune idée de la beauté. Je forme, à ce propos, le dessein de me fondre dans l'un d'eux lorsque ma carcasse fatiguée me libérera.

Bien à vous,

CHATEAUBRIAND