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Bonjour,
Selon vous, quelle place occupent les paysages dans votre oeuvre?
Dans quelle mesure sont-ils un miroir de votre création?
La vallée aux loups, 19 fructidor AN 214
Bonjour,
Les paysages occupent, très certainement, une place de tout premier
plan dans ma vie et aussi au long de mes écrits. La lande autour de
Combourg, les forêts du nouveau monde, la campagne anglaise ou encore
le plus vaste d'entre tous: l’océan; ces lieux ont été les témoins
silencieux ou l'écho de mes rêveries, mes peines, mes joies, ma disgrâce,
des rencontres, des émerveillements, sans doute aussi des sortes de déclencheurs,
comme la poudre du canon. Ils sont le berceau de la poésie, et s'ils
sont un reflet, c'est celui de la nature divine.
Très jeune, j'ai voulu voyager, mu par un indicible désir gourmand;
l'envie de remplir mon âme et mon coeur d'immensités éternelles. Rien
ne serait possible sans la présence d'un paysage; chaque paysage représente,
pour au moins un être humain, ses racines. Voilà un mot fort qui
emprunte au langage de la nature, pour exprimer nos attachements à une
terre, un paysage...
Figés sur toile par le peintre, presque palpables, en quelques lignes
sur des feuillets, théâtres involontaires des envies belliqueuses de
possession du sabre, refuges discrets pour le goupillon, les paysages
sont le monde. Partout présents, ils accompagnent le voyageur, le pèlerin,
lui fournissent le gîte et le couvert.
Rêveries solitaires au bord du lac... Ils sont l'inspiration de
nombreuses créations, des muses immobiles dont chacun s'empare.
Pour ma part, je sais que je ne ferais rien sans eux, je n'aurais de
but, j'avancerais dans une errance aveugle, sans avoir aucune idée de
la beauté. Je forme, à ce propos, le dessein de me fondre dans l'un
d'eux lorsque ma carcasse fatiguée me libérera.
Bien à vous,
CHATEAUBRIAND
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