Nouvelle Juliette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Anonyme

 

 

 

Monsieur de Chateaubriand,

En plus d'être un écrivain de génie, vous m'êtes d'un grand secours. Je suis en effet, et si je puis me permettre l'expression sans nier votre singularité, la compagne du Chateaubriand moderne. En outre, fait piquant, on me dit que je ressemble à Juliette Récamier; je sens, en tout cas, que mon coeur est aussi difficile à satisfaire que le sien, en dépit d'un cénacle de prétendants, et qu'il souffre, quoiqu'il ait aujourd'hui trouvé à se fixer, de ne pas voir bien souvent l'objet de son attachement. Certes, mon Chateaubriand ne brigue aucune ambassade, mais il est sans cesse de par le monde pour rencontrer ses lecteurs, si bien que j'en deviens jalouse, de ces lecteurs. Lorsque je me sens seule et bien triste, je pense à vous. Je pense que les «Mémoires d'Outre-Tombe» ne seraient pas l'oeuvre impérissable que nous connaissons, s'il n'y avait pas eu Juliette. À défaut de satisfaire mon coeur, je flatte mon ego et espère pouvoir être aussi précieuse à la littérature française que le fut Juliette.

Merci à vous,

Juliette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

François René de Chateaubriand

 

 

 

 

Rome,

 

Le 8 Brumaire AN 213.

 

Chère Juliette,

 

Le voyage et la rencontre des lecteurs sont autant nécessité que passion pour l'auteur; les mots, une fois couchés sur le papier, ne lui appartiennent plus. N'ayez point trop de jalousie à l'égard des rencontres de voyage, elles ne sont que faibles étincelles dans les lointaines nuits, éphémères chandelles, elles n'ont jamais l'intensité ni la portée du phare. Celui qui guide sur le chemin du retour, du coeur, de l'amour. Et elle est bien là votre revanche, l'écrivain génial ne finit-il pas toujours par revenir? Sans sa muse, le plus talentueux des génies n'est que matière en perpétuelle ébullition! C'est elle qui trempe la plume dans l'encrier, elle est à la fois Hestia et Artémis veillant.

 

Soyez cette inspiratrice chère Juliette!

 

En outre et sans vouloir vous faire aucunement offense, il n'y aura jamais pour moi qu'une seule Juliette...

 

Bien à vous,

 

CHATEAUBRIAND