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Marie |
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Je suis allée voir ta maison |
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Très cher ami,
Je suis allée dans votre demeure et je comprends mieux vos craintes d'aller dans vos appartements. Je ne comprends pas le comportement de votre père à votre égard; on n'a pas besoin d'envoyer son enfant dans la chambre la plus haute et la plus lointaine du château pour forger son caractère! As tu déjà rencontré le fantôme du chat à la jambe de bois ? Bien amicalement, Marie Cauterets, 29 thermidor AN 214. Très chère Marie, Je vous félicite, vous avez été plus courageuse que je ne le fus par le passé. À deux reprises, j'ai rôdé aux abords de la demeure familiale, sans pouvoir y pénétrer vraiment; aujourd'hui encore cela reste un mystère pour moi. La figure paternelle et les récits des gens du château me terrorisaient, en ce temps là, et ce malgré les douces paroles de ma mère qui se voulaient rassurantes. Tout le monde s'accordait à croire que le vieux marquis de Coëtquen, venait chaque année, la veille de Noël, pour hanter son ancienne maison. Sachez que, dans la légende, telle qu'elle m'a été contée, le chat n'avait pas de jambe de bois, mais l'animal se promenait côte à côte avec celle de son maître. Coëtquen avait laissé son membre dans une bataille contre Malbrouk. Chaque grincement, chaque claquement, le bruit du vent au dehors, son sifflement sous la porte, ont enflammé mon imaginaire d'enfant, j'ai très longtemps été effrayé de grimper l'escalier de la tourelle qui menait à ma chambre. Aujourd'hui, je souris à l'évocation de ce souvenir et, foi de chevalier, je n'ai jamais rencontré ce fantôme. Bien à vous, CHATEAUBRIAND |
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