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écrit à

   


François René de Chateaubriand

     
   

Et L'Empereur!

    Mon cher Maître et Vicomte,

Je suis en train de lire avec une immense attention la «Vie de Napoléon» qui est une encyclopédie sur l'empereur.

Votre plume est séduisante et vos approches sur le sujet assez troublantes par leurs précisions. Néanmoins, je vous conseille une excellente biographie de Napoléon par un écrivain contemporain, Max Gallo. Mais finalement, quels sont vos sentiments au sujet de l'empereur Napoléon?

Avec mes salutations.

Genin

La Vallée aux loups,

 le 12 nivôse AN 213.

Cher Genin, 

Napoléon est incontestablement un grand homme; en d'autres temps où il n'était encore que Bonaparte, je lui sais gré d'avoir écrasé l'hydre de l'anarchie. Pourtant l'empereur n'est plus le général ni le consul clairvoyant qu'il fût.

 Des choix forts discutables nous conduisent vers le despotisme; ainsi le Prince de Bénévent au bras de Fouché et c'est la tenaille du vice en action, un cardinal de famille en notre ambassade près du saint siège, l'illustre Clément au bagne et le petit-fils du grand Condé assassiné et jeté dans un fossé de Vincennes.

 Il y a aussi cet abîme qui nous sépare: le choix du gouvernement pour la partie! Je dis qu'il faut faire l'union des deux France, des anciennes mœurs et des nouvelles formes politiques, de la noblesse et des héritiers de 1792; la Charte, la loi, la liberté de la presse sont et resteront des points inaliénables.

 La légitimité n'est point héréditaire que ce soit d'une lignée de Bourbon ou de Bonaparte; la seule légitimité qui vaille est celle du peuple. À ce jour, mon Empereur ne me semble pas incliner vers cette conception.

Bien à vous. 

CHATEAUBRIAND.