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François René de Chateaubriand

     
   

Des questions qui me taraudent

    Comment avez-vous perçu la bataille de Valmy?

Comment avez-vous réagi face à la constitution de l'An III?

Comment avez-vous ressenti le sacre de Napoléon?

Toutes ces questions me taraudent, mais aurai-je seulement une réponse?

Bien à vous, Véronique.


Paris, le 2 Prairial AN 213.

Très chère Véronique,

Je ne sais comment lire votre dernière phrase; en effet, elle semble pleine de doutes quant à mes dispositions à vous répondre...

Mais laissons là vos doutes et mon indignation et voyons plutôt, malgré les charges qui sont les miennes, ce que je peux vous livrer!

Valmy et sa bataille furent sans conteste un évènement majeur dans la vie de notre jeune armée révolutionnaire. Le 10 août a effrayé une Europe monarchique qui a refusé d'évoluer, mais je crois que les coalisés n'avaient pas imaginé le puissant sentiment national qui, déjà, grandissait en France. Cette attaque a scellé la solidarité nationale et je me hasarderai même à prétendre qu'elle a préparé la venue de l'Empire.

La supériorité évidente de l'armée prussienne seule, la personnalité du Duc de Brunswick n'ont pas fait pencher la décision du côté des coalisés, non pour une sombre affaire entre ce dernier et Danton, mais bien parce que 50 000 hommes mus par le sentiment de droit ont eu raison d'une armée et de son commandement infatués d'eux-mêmes.

Je vous le répète, Valmy est un début! Le début du chemin qui nous mènera à Napoléon.

La constitution de l'AN III! Ici encore, vous êtes sur le même chemin. Après Thermidor, la mise en place de cette constitution où chaque niveau doit être le garant du précédent, est un tiède compromis issu d'une grande méfiance, propice à la montée des extrémismes. Peu démocratique, elle ne satisfait aucun des camps et surtout ne résout pas la crise. Je pense qu'elle a poussé la nation vers les bras d'un pouvoir fort.
Votre dernière question est le terme du voyage selon moi. J'ai admiré Bonaparte, le génie militaire, celui qui devait finir la révolution. Mais après le 18 Brumaire, ce sacre nous a rejeté dans les affres du passé. Un roi pour un empereur, il ne s'agit nullement d'un pas en avant.

Je retourne, si vous le permettez, à mes activités; plonger dans cette période fut pour moi douloureux. J'ai perdu tant d'êtres chers durant ces années.

BIEN A VOUS,

CHATEAUBRIAND.