Correspondance amoureuse
       
       
         
         

tinkeetoy@wanadoo.fr

      Cher monsieur Châteaubriand,

Veuillez, je vous en prie, pardonner l'élan fougueux de la jeunesse irrespectueuse qui me pousse à vous poser cette question bien indélicate: se pourrait-il que vous ayez laissé à la postérité des traces de correspondances amoureuses (je pense notamment, avec Léontine)?

Vous qui n'avez pas votre pareil pour parler avec talent d'amour, avez-vous laissé sur les rayons des bibliothèques et des librairies un recueil où l'on puisse lire l'amour que vous auriez porté à une femme? Ou bien l'amour d'une femme vous effleurant?

Avec tout mon respect.

 

       

 

       

François René de Chateaubriand

      19 vendémiaire AN 213.

Mon jeune ami,

Point d'excuses, la fougue et la jeunesse n'en ont point besoin. Croyez-m'en: ne perdez jamais votre élan, dût-il être irrespectueux!

Je suis bien confus du talent d'éloquence que vous me prêtez; je puis vous avouer que j'ai essayé quelques vers auprès de ma Sylphide, mais nous n'étions que tous les deux et je crains fort qu'il n'y ait trace de mes premiers balbutiements.

Malgré tout, j'ai peur de n'apporter que déception à votre attente; vous comprendrez que je ne veuille perdre l'honneur de quiconque ni dévoiler l'intime, au risque de m'envelopper au soir de ma vie dans un linceul d'infamie.

Bien à vous,

CHATEAUBRIAND