Violaine Darmon
écrit à

   


Jules César

     
   

Tes idées 

    Bonjour,

Je suis heureuse et flattée de pouvoir communiquer avec toi à travers les siècles, Jules. Comment faut-il t'appeler, d'ailleurs? Jules? César? Caius Iulius?

J'ai quelques questions à te poser, et c'est pourquoi je prends la liberté de t'envoyer ce mot:

- Alors que tu lis ces lignes, à quelle époque de ta vie te trouves-tu?

- Quelle ambition nourris-tu, dans ta vie? Alexandre de Macédoine est-il ton modèle, ou l'un de tes modèles?

- Quelles sont tes idées sur l'humanité? Penses-tu que tous les hommes soient égaux? Trouves-tu le principe de l'esclavage normal? Que penses-tu des inégalités de la société dans laquelle tu vis? Crois-tu que la richesse est justement ou injustement répartie entre les gens?

- Quelles sont tes croyances religieuses? Te crois-tu réellement d'origine divine, comme je l'ai entendu dire (Vénus serait ton aïeule)?

- Que crois-tu pouvoir apporter à un peuple en tant que dirigeant? Quels progrès, quelle amélioration de la qualité de vie pour tous?

- Je suppose que tu ignores, comme tous les mortels, la façon dont tu vas quitter ce monde. Si je te la révélais, me croirais-tu, et ferais-tu quelque chose pour changer le cours de ton destin?

Merci de ta patience et de ton aimable collaboration à satisfaire ma curiosité.

Violaine


Que de questions! César répondra dans l'ordre.

- César a actuellement cinquante-cinq ans et il a des projets pour un siècle encore. 

- César est impressionné par Alexandre qui, à trente ans, avait déjà conquis un empire, alors que, à cet âge, César n'était rien encore. Ce n'est pas un modèle, mais un exemple pour tout homme qui a l'ambition d'entrer vivant dans l'Histoire. 

- César ne comprend pas cette réflexion sur «l'égalité»; dans la nature les animaux sont inégaux, même au sein de la même race et les hommes aussi. D'aucuns naissent esclaves, d'autres le deviennent; ainsi va le monde. L'esclavage est aussi naturel et nécessaire à l'économie romaine que le bois dont nous alimentons nos fourneaux. 

- César se dit fils de Vénus et de Mars, mais, tout en étant Grand Pontife depuis vingt ans, il continue à ne croire en aucun dieu sinon Fortuna, sa chance qui le protège au combat. - César n'est pas là pour améliorer la vie des hommes; il veut donner à Rome l'outil politique qui lui permettra de gouverner le monde pour des millénaires. 

- Non, César ne croit pas que quelqu'un puisse lui annoncer sa mort et, de toute façon, il est immortel et dans deux mille ans on parlera encore de lui!

Vale Caius Iulius


Tout d'abord merci de ta réponse si prompte.

Si ton message a pu m'éclairer sur certains points, il en est d'autres qui demeurent obscurs pour moi, et, si tu le veux bien, je te questionnerai à nouveau.

- Je constate une petite contradiction entre deux de tes assertions: tu dis être fils de Mars et de Vénus, et pourtant tu ne crois à aucun dieu! Comment peux-tu être l'enfant de dieux qui n'existent pas? Considères-tu ta parenté avec les dieux comme un symbole de ta puissance, ou n'est-ce qu'un prétexte pour impressionner les foules et dominer plus aisément le peuple romain par un faux prestige?

- Penses-tu être né pour gouverner et être un grand homme, ou crois-tu que ton destin n'était pas écrit, que seuls tes actes ont fait de toi ce que tu es? Es-tu fataliste ou non?

- Pour quelle raison souhaites-tu que Rome gouverne l'univers? Que signifie Rome pour toi? Y es-tu attaché parce qu'elle est ta patrie, ou représente-t-elle un idéal, un symbole? Est-ce la gloire du peuple romain que tu veux, ou ta propre gloire?

- Si Rome gouverne un jour le monde entier, te poses-tu la question de comment elle le gouvernera?

- Aimes-tu la guerre pour elle-même, ou pour le but qu'elle te permet d'atteindre?

- Que signifie pour toi «le monde»? Quelles en sont les extrémités? Crois-tu le connaître dans son intégralité? N'imagines-tu pas parfois qu'il y a quelque part, dans le ciel ou même sur la Terre une autre civilisation dont tu n'as encore jamais entendu parler?

- À propos de l'esclavage, je constate que tu penses que si un homme est né esclave, son destin est de le demeurer. Pourtant, qu'est-ce qui le différencie d'un autre, à la naissance, d'après toi? N'a-t-il pas lui aussi deux bras, deux jambes, une tête, enfin tous les caractéristiques de l'homme?

- Es-tu vraiment sincère, César, lorsque tu dis être immortel? Je veux bien que ta mémoire te survive éternellement, et que ton souvenir reste gravé dans l'esprit de tous les hommes des siècles à venir, mais ton corps, crois-tu qu'il soit aussi immortel que ta renommée? Alexandre lui-même est mort, bien que son nom soit illustre. Te crois-tu plus grand, plus divin que lui? Es-tu présomptueux au point d'être sûr que ton corps survivrait à un coup de poignard en plein coeur?

Merci d'avoir pris le temps de me lire,

Violaine


AVE 

RÉPONSES AU FIL DU TEXTE EN CAPITALES

Tout d'abord merci de ta réponse si prompte. Si ton message a pu m'éclairer sur certains points, il en est d'autres qui demeurent obscurs pour moi, et, si tu le veux bien, je te questionnerai à nouveau.

- Je constate une petite contradiction entre deux de tes assertions: tu dis être fils de Mars et de Vénus, et pourtant tu ne crois à aucun dieu! Comment peux-tu être l'enfant de dieux qui n'existent pas? Considères-tu ta parenté avec les dieux comme un symbole de ta puissance, ou n'est-ce qu'un prétexte pour impressionner les foules et dominer plus aisément le peuple romain par un faux prestige?

CÉSAR SE SERT DE CETTE PARENTÉ POUR JUSTIFIER SON ASCENSION AUPRÈS DU PEUPLE DE ROME, TRÈS SUPERSTITIEUX.

- Penses-tu être né pour gouverner et être un grand homme, ou crois-tu que ton destin n'était pas écrit, que seuls tes actes ont fait de toi ce que tu es? Es-tu fataliste ou non? 

CÉSAR CROIT EN CE QUI EST. ON LE DIT PRAGMATIQUE, IL EST RÉALISTE.

- Pour quelle raison souhaites-tu que Rome gouverne l'univers? Que signifie Rome pour toi? Y es-tu attaché parce qu'elle est ta patrie, ou représente-t-elle un idéal, un symbol? Est-ce la gloire du peuple romain que tu veux, ou ta propre gloire? 

CHAQUE PEUPLE A SON DESTIN ET ROME EST FAITE POUR GOUVERNER LE MONDE. LA GLOIRE DE ROME ET CELLE DE CÉSAR NE SONT QU'UNE SEULE ET MÊME GLOIRE.

- Si Rome gouverne un jour le monde entier, te poses-tu la question de comment elle le gouvernera? 

ROME GOUVERNE DÉJÀ LE MONDE ENTIER ET CÉSAR A MIS EN PLACE LE MOYEN DE LE FAIRE DANS LA PAIX PENDANT DES SIÈCLES.

- Aimes-tu la guerre pour elle-même, ou pour le but qu'elle te permet d'atteindre? 

CÉSAR AIME SES SOLDATS MAIS N'AIME PAS LA GUERRE QUI ABÎME SES LÉGIONS. IL LA FAIT QUAND IL FAUT, JAMAIS AU-DELÀ.

- Que signifie pour toi «le monde»? Quelles en sont les extrémités? Crois-tu le connaître dans son intégralité? N'imagines-tu pas parfois qu'il y a quelque part, dans le ciel ou même sur la Terre une autre civilisation dont tu n'as encore jamais entendu parler? 

LE MONDE EST CONNU, LIMITÉ AU PONANT PAR LA MER OCÉANE AU NORD PAR LA FORÊT HERCYNIENNE, À L'EST PAR L'INDE ET AU SUD PAR L'ÉTHIOPIE. IL PEUT Y AVOIR D'AUTRES CIVILISATIONS ET QUAND ELLE LES CONNAÎTRA, ROME LES SOUMETTRA À SA PUISSANCE.

- À propos de l'esclavage, je constate que tu penses que si un homme est né esclave, son destin est de le demeurer. Pourtant, qu'est-ce qui le différencie d'un autre, à la naissance, d'après toi? N'a-t-il pas lui aussi deux bras, deux jambes, une tête, enfin tous les caractéristiques de l'homme? 

NON, ON PEUT AUSSI DEVENIR ESCLAVE PAR LA GUERRE OU CESSER DE L'ÊTRE PAR L'AFFRANCHISSEMENT. MAIS QUAND ON L'EST ON N'A PLUS AUCUN DROIT HUMAIN. LA VIE EST UN COMBAT POUR LA LIBERTÉ.

- Es-tu vraiment sincère, César, lorsque tu dis être immortel? Je veux bien que ta mémoire te survive éternellement, et que ton souvenir reste gravé dans l'esprit de tous les hommes des siècles à venir, mais ton corps, crois-tu qu'il soit aussi immortel que ta renommée? Alexandre lui-même est mort, bien que son nom soit illustre. Te crois-tu plus grand, plus divin que lui? Es-tu présomptueux au point d'être sûr que ton corps survivrait à un coup de poignard en plein cœur? 

CÉSAR NE CROIT PAS QUE SON CORPS LUI SURVIVE MAIS SON ŒUVRE RESTERA APRÈS LUI;

VALE

CAIUS IULIUS