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Cher monsieur César,
Nouvelle venue dans la région de Burdigala, je me suis
récemment rendue dans un lieu appelé Musée
d'Aquitaine. Il s'agit d'une sorte de villa fermée dans laquelle
sont entreposés des objets du quotidien sur une grande
période de temps. Il permet ainsi aux habitants de Burdigala
(comment les appelle-t-on, d'ailleurs, à votre époque?
Les Burdigalais? Les Burdigaliens? Les Burdigaléens? Les
Burdigalistes? Les Burdigaleurs?), que nous appelons aujourd'hui les
Bordelais, de se faire une idée de la vie que pouvaient y mener
les gens autrefois. La période romaine y est bien
représentée et je suis restée longtemps à
lire les inscriptions qui donnaient des précisions sur les
objets que l'on pouvait voir.
Je vous écris parce que j'ai été très
intriguée par... une assiette, une simple assiette, qui
était présentée retournée et au dos de
laquelle il était écrit quelque chose comme :«que
soit sodomisé celui qui lit ceci». À
l'époque d'où je vous écris, les assiettes sont de
simples objets permettant de manger plus commodément. Elles sont
de préférence décorées, et l'artisan qui
les a conçues peut à la rigueur les signer au dos, mais
on dirait que, de votre temps, elles ne remplissent pas tout à
fait le même office! À quoi, mais à quoi servent
donc les assiettes, à votre époque, monsieur
César, pour qu'on y véhicule des messages pareils?
Sont-ce qu'on appelle aujourd'hui des objets de consommation courants,
dans la mesure où elles coûtent sans doute très peu
cher et où l'on peut les trouver très facilement de votre
temps?
J'espère ne pas vous avoir déconcerté par une
question qui doit vous paraître parfaitement idiote, mais nous
vivons à des époques très éloignées
dans le temps et vous êtes la seule personne de mon entourage qui
soit en mesure d'y répondre!
Mille mercis d'avance,
Daphné
Ave,
César est un peu étonné que Burdigala, paisible bourgade des
Bituriges Vivisques, soit en mesure d'offrir un tel musée à des
visiteurs cultivés ou curieux de le devenir.
«De minimis non
curat Caesar» (César ne s'occupe pas des détails) mais sans savoir
exactement à quel jeu facétieux s'est livré l'artisan, César n'est pas
surpris; il a le souvenir d'avoir participé à un symposium et bu, comme
il se doit, dans une large coupe grecque, ornée d'une magnifique
représentation de buveur indisposé par l'excès de boisson, en train de
rendre le trop plein de liquide qu'il avait ingurgité.
Quant au
texte du message, il est de la même nature que ceux qui ornent les murs
de Rome et, pour César, ce programme n'a rien de scandaleux.
Vale
Caius Iulius
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