Thierry
écrit à

   


Jules César

     
   

Sa rébellion t'a-t-elle surpris?

   

 

Ave, ô divin Caesar!

Je t’écris de Reims, qui s’appelait autrefois Durocortorum, l’oppidum principal de la tribu des Remis, qui furent loyaux et fidèles à Rome, face à la révolte du fils de Celtill, l’Arverne Vercingétorix. Il paraît que ce dernier fut sous tes ordres lors de ta campagne en Armorique, est-ce vrai? Si oui, as-tu été satisfait de ses services? Sa rébellion t'a-t-elle surpris?

Y avait-il des archers dans tes légions? On parle beaucoup de tes braves légionnaires armés du pilum et du gladius, de tes auxiliaires Germains, mais pas de ces derniers.

As-tu vraiment dit «Veni, vidi, vici» après ta victoire sur l’armée de Pharnace, après une illustre campagne de cinq jours qui s’est terminée à Zéla? Car on te prête nombre de phrases célèbres que tu aurais prononcées dans ta glorieuse vie, comme «alea jacta est», que tu n’as pas dit quand tu as traversé le Rubicon (mais, peut-être l’as-tu pensé!).

Que comptes-tu faire pour l’avenir du fruit de tes étreintes avec la belle et divine Cléopâtre VII, ton fils Césarion? Ainsi que pour celui de tes deux fils adoptifs, Marcus Junius Brutus, qui avait choisi le mauvais camp quelques années auparavant, et surtout ton jeune neveu Caius Octavius?

Je m’excuse d’avance, si certaines de mes questions t’ont déjà été posées par d'autres correspondants, car tu en as beaucoup chez Dialogus.

Que les dieux te protègent Ô Caius Iulius Caesar!

Salve!

Thierry.


Ave,

César est flatté par ton intérêt pour sa vie et ses exploits. Non, il n'avait pas prévu la grande rébellion, fomentée par les druides au sœur de la forêt des Carnutes dans l'hiver 600-601 de Rome. Vercingétorix, comme la plupart des aristocrates Arvernes et Éduens, commandait dans la cavalerie de César et rien, sinon son hérédité, ne laissait supposer qu'il était plus dangereux que les autres: c'est sans doute pour cette raison que l'archidruide l'a choisi pour conduire la rébellion.

César a parlé de ses archers crétois, notamment lors de sa bataille contre les Belges la deuxième année de la campagne; ils constituent, avec les frondeurs des Baléares, des auxiliaires précieux pour briser l'élan furieux de la charge ennemie. Les légions achèvent leur travail au pilum puis au gladius.

César a bien dit «veni, vidi, vici» et a fait inscrire ces mots sur des pancartes portées lors de son triomphe.

Enfin, César n'a pas de lien affectif avec ce fils engendré par l'étrangère, dont Rome lui fait grief. En revanche, César met ses espoirs dans le fils de celle qu'il a tant aimée, Brutus, son fils adoptif, ainsi que, pour perpétuer son nom, dans son neveu, le frêle Octavius, qui n'aura sans doute pas d'avenir politique en raison de sa santé fragile et de son dédain pour les armes.

Vale.

Caius Iulius


à C. Julius Caesar, dictator, Imperator, Pontifex Maximus. Ave.

Je te remercie et je suis très honoré pour ta réponse rapide à ma missive malgré les vingt siècles qui nous séparent. J'aurais des choses à te dire sur ton futur et celui de Rome, mais toi tu n'en as cure et c’est bien ainsi. «Carpe diem»!

Le résultat du travail commencé par ton oncle, le grand Marius, et que tu as mené à bien pour renouveler Rome, donnera naissance à un empire qui durera cinq cents ans. Ton successeur, après une âpre lutte, continuera d’imposer sa volonté au Sénat de Rome, ainsi que ses descendants, adoptés ou filiaux… Mais tu dois t’en douter, ô Divin Caesar, avec le temps, il y aura des luttes fratricides pour le pouvoir, des assassinats, des révoltes, etc. D’autres gentes prendront les rênes du pouvoir et ils n’auront plus aucun lien avec la gens Julii, et le Sénat cherchera toujours à nuire à certaines.

Quant à Durocortorum, elle deviendra la métropole de la province de Belgique. Voilà pour le futur.

Maintenant, si tu le veux, ô Caesar, pourrais-tu répondre à ces autres questions? Que penses-tu vraiment de ton fidèle lieutenant Marcus Antonius, fils de Dionysos?

Si les Parques devaient par malheur couper le fil de la vie de ton héritier bien-aimé, Octavius, que tu dis si frêle, adopterais-tu Marcus Antonius, et Marcus Junius Brutus serait-il toujours ton premier héritier?

Question sur le passé de Rome: de nos jours nous parlons encore de la grande révolte des gladiateurs et des esclaves sous le commandement du Thrace «Spartacus». Est-ce vrai que cette révolte a fait trembler Rome? Y a-t-il eu d’autres révoltes comme celle-ci ou fut-ce la seule?

Dans toutes les batailles auxquelles tu as participé en tant que tribun ou général, avec tous les aléas que provoque un grand combat, t’es-tu déjà trouvé en position de corps-à-corps avec tes ennemis? As-tu été blessé? Ou la déesse Fortuna a-t-elle toujours veillé sur toi, le descendant d’Enée et de Vénus Genitrix?

Si tu le souhaites, je peux répondre à des questions sur mon monde moderne. Mais, sache que je ne suis qu’un citoyen français passionné par l’histoire de son pays, la France, et pas un lettré ou un savant.

Puisse Fortuna continuer à te guider et te protéger.

Salve.

Thierry


Ave, grand mage chaldéen qui connais les mystères du futur,

César a adopté Marcus Junius Brutus et il est son fils véritable, selon la loi de Rome. Quant à Marcus Antonius, qui ne se dit pas «fils de Dionysos», c'est un officier de talent, un légat qui réunit les qualités du soldat et celles du centurion, indispensable à la guerre, mais trop émotif et passionné pour gouverner Rome.

Non, Spartacus n'aurait pas dû faire trembler Rome, mais sa révolte a eu lieu à un moment où l'Italie était dégarnie des meilleures légions de la République; dès leur retour, la situation a été rétablie; cette révolte servile ne mérite pas de mention particulière, sinon qu'elle a permis à Crassus une facile victoire.

Enfin, jamais Fortuna n'a abandonné César qui, malgré son mal divin, en dépit de sa présence fréquente en première ligne, sur la Sambre ou à Alésia, n'a jamais été blessé, même si un sanctuaire gaulois s'enorgueillit d'avoir son épée prise au combat.

Vale.

Caius Iulius


A C. Iulius Caesar, dictator, Imperator, Pontifex Maximus, Ave!

Je te remercie ô divin Caesar! pour les réponses à mes questions. Mais sache que si je suis flatté par l’épithète que tu m’as donnée, je ne suis point mage chaldéen et je n’ai jamais mis les pieds dans l’antique Babylone. A moins que tu fasses de l’ironie sur mes dires, et je te comprendrais, car recevoir des messages venant d’un soi-disant homme vivant au XXIe siècle après J.-C. est très dur à croire. Mais je t’écris bien du futur, plus exactement en 2007 après J.-C. selon notre mode de datation, et c’est grâce à Dialogus que nous pouvons correspondre. D’ailleurs, moi-même je ne sais pas quel moyen ils ont utilisé pour tromper Chronos ou Saturne pour te joindre dans la Rome républicaine. Sache aussi que ton bien-aimé neveu Octavius et ton fidèle Marcus-Antonius, qui joueront un grand rôle à Rome après ton départ pour les Champs Elysées, ont aussi été joints par Dialogus. Mais leurs correspondances ont été arrêtées. Pourquoi? Je ne le sais pas ô divin Caesar! (c’est plutôt drôle pour un mage chaldéen…!)

Rome existe encore de nos jours, c’est même la capitale de l’Italie, elle est bâtie par-dessus les ruines de la cité que tu as connue. Certains des grands monuments construits par tes successeurs subsistent encore, en plus ou moins bon état, mais vos lointains descendants romains font tout pour les conserver et les faire visiter à ceux qui viennent à Rome pour admirer les vestiges glorieux de la Rome aux Sept Collines. Mais je n’y suis jamais allé, peut-être irai-je plus tard.

De nos jours, la Gaule que tu as conquise est maintenant appelée la France; ce nom est d’origine germanique, du nom de ses nouveaux conquérants, nommés les Francs, après la chute de l’Empire occidental romain (l’Empire sera partagé entre l'Ouest, avec Rome comme capitale, et l'Est, ayant Byzance comme capitale, avec chacun un empereur à leur tête). L’Empire occidental tombera sous les invasions massives des populations barbares venant de l’est de la Germanie. Quant à l’Empire oriental, lui résistera encore dix siècles avant qu’il ne tombe sous la domination d’un autre puissant empire venant d’Asie. Rome a joué un grand rôle dans l’histoire de mon pays. Les Gaulois acceptèrent les lois et l’administration de Rome et adoptèrent les coutumes et la culture du peuple romain (à leur façon). D’ailleurs un siècle après sa conquête par toi, la langue gauloise a été presque totalement supplantée par la tienne, les druides ont été muselés et chassés, leurs dieux assimilés aux tiens. Il y eut bien quelques révoltes, mais elles furent rapidement écrasées par les légions de tes successeurs. Du Ier siècle avant J.-C. à la fin du Ve siècle après J.-C., cette civilisation s’est épanouie, et fut appelée «gallo-romaine». Les Français et la majeure partie de ses autres pays frontaliers, la Belgique, l’Allemagne (Germanie), l’Espagne (Hispanie), la Grande-Bretagne (Britannia) et l’Italie vivent sous le régime, soit d’une république, soit d’une démocratie, soit d’une royauté. En France, nous sommes en république depuis un siècle et demi. Avant nous étions une royauté héréditaire. Notre capitale actuelle s’appelle Paris, elle est située sur l’emplacement de l’antique Lutetia.

La majeure partie de l’humanité moderne pratique le monothéisme. C'est-à-dire que nous ne vénérons qu’un seul Dieu (comme les Juifs de ton époque). Nous autres les Français et une grande partie de l’Europe moderne nous prions et honorons Jésus-Christ, que l’on appelle aussi: le Messie, le Fils de Dieu et Rédempteur de l’Humanité. Notre religion est nommée «christianisme» et ses adeptes les «chrétiens». Notre datation actuelle commence à l’année de sa naissance, d’où les «après J.-C.» ou «avant J.-C.» que tu peux trouver dans tes correspondances avec d’autres personnes de Dialogus. Mais je t’avoue que je ne suis pas un pratiquant zélé de notre religion. Quel est le nom de la tribu gauloise qui t’as «pris» ta spatha et qui l’a mise comme trophée dans son sanctuaire?

Quant au fils de Dionysos… c’est Marcus-Antonius lui-même qui l’écrivait après son cognomen, quand il signait ses réponses aux correspondants de Dialogus. Peut-être faisait-il de l’humour, sur sa réputation de grand buveur?

Voilà ô divin Caesar, quelques bribes du futur de Rome et de la Gaule. Je me suis laissé emporter par ma passion pour l’histoire de mon pays. Et tu y trouveras sûrement peu d’intérêt...

Puisse Fortuna continuer à te guider et te protéger,

Thierry


Ave,

Merci, ô correspondant du futur, pour cet exposé sur ce qui sera quand César ne sera plus.

César a vu un gladius, prétendument le sien, suspendu dans un sanctuaire arverne, et César a souri et interdit de le décrocher.

Vale.

Caius Iulius


A C. Julius Caesar, dictator, Imperator, Pontifex Maximus. Ave!

C’est moi qui te remercie ô divin Caesar d’avoir lu et répondu si rapidement à mes missives.

C’est un piètre trophée de victoire pour les Arvernes, mais tu as eu raison de sourire et de le laisser dans ce sanctuaire; tu as toujours été très magnanime envers les vaincus.

Je sais que l’exposé que je t’ai laissé est très succinct, et peut-être que d’autres correspondants de Dialogus plus qualifiés que moi pourront te renseigner mieux si tu le souhaites ô Caesar. Je vais te donner un dernier renseignement avant de te quitter, sur les fameux irréductibles gaulois Astérix et Obélix. Ce sont des héros de ce que nous appelons un art moderne: la bande dessinée. Ce sont des récits humoristiques faits sur des «libri», qu’une machine de notre époque permet de dupliquer. La page est séparée en plusieurs cases carrées ou rectangulaires où un «scribe» écrit des textes dans chaque vignette, qu’un artiste illustre avec des dessins. Pour les lire, il suffit de suivre l’ordre des cases de gauche à droite, de haut en bas. Cette littérature est réservée principalement aux enfants et aux adolescents, mais beaucoup d’adultes les lisent aussi (mais en cachette!). Tous les thèmes sont abordés, comme des récits historiques, des aventures épiques et héroïques, satiriques ou comiques et même érotiques (pour les adultes seulement) etc. Astérix et Obélix font partie des récits comiques pour les enfants. Les auteurs de cette bande dessinée égratignent un peu les légions romaines et leurs centurions, mais sans méchanceté. Faut bien rire un peu, tout comme toi avec le trophée des Arvernes! Un autre de ces récits parle aussi d’un Gaulois nommé Alix Graccus qui serait parmi tes partisans et ami de ton neveu Octavius. C’est aussi une bande dessinée, mais réservée plutôt aux adolescents et faite par d’autres auteurs. Les créateurs de cette aventure se sont très bien documentés sur l’histoire de Rome, sur ses us et coutumes etc. Donc c’est un récit plus sérieux que celui d’Astérix et Obélix. Avec Alix, je voyage et découvre les pays situés autour de la «Mare Nostrum» (appelée mer Méditerranée à mon époque) selon la vision et l’imagination de leurs auteurs qui s’inspirent des gravures et témoignages laissés par tes contemporains, ou par ceux qui ont vécu après toi. C’est en lisant ces histoires quand j’étais jeune, que j’ai eu envie d’en savoir plus sur la civilisation romaine. J’ai consulté beaucoup de documents sur Rome et la Grèce dans les bibliothèques et parmi ceux-cis tes "Commentaires" sur la Guerre des Gaules (il va falloir que je les relise car j’ai oublié beaucoup de choses). Voilà comment m’est venu mon goût pour l’art de la divine muse Clio.

Ca me fait un drôle d’effet de penser que toi ô divin Caesar tu aies certainement lu les récits d’Homère écrits longtemps avant ta naissance et que moi-même je les aie consultés vingt siècles après toi, comme beaucoup d’humains lettrés au cours des siècles qui nous séparent. Je voulais faire court, mais las! je me suis encore laissé emporter par l’une de mes passions.

Puisse Fortuna continuer à te guider et te protéger. Vale!

Thierry.


Ave,

Merci pour toutes ces précisions. Oui, Homère a écrit le livre des livres et ses deux épopées sont parmi les plus belles merveilles du monde. Puisse Clio accompagner tes travaux!

Vale.

Caius Iulius