Joseph
écrit à

   


Jules César

     
   

Encore Marius

   

O grand César, Consul, proconsul des Gaules, dictateur, Imperator du Sénat des Quirites du Peuple Romain, maintenant que tous tes ennemis ont été massacrés et que tu peux prendre un repos sans doute bien mérité, j'aimerais te poser une question.

Nul doute que tu ne te souviennes de ton oncle Caïus Marius, sept fois consul de Rome, troisième fondateur de la ville (et j'en passe)... Je connais sa biographie par les livres mais j'aimerais connaître ton avis personnel sur l'homme et non pas le personnage historique. Je te serais très reconnaissant d'accéder à ma demande.

Sur ce, à plus Caïus.


Ave,

L'époux de sa tante Julia est un modèle pour César, en politique, comme chef des Populares, le parti populiste qui s'appuie sur la plèbe pour abolir les privilèges du Sénat, et sur le plan militaire, comme créateur de la légion de prolétaires, rassemblée autour de son aigle et fidèle à son chef.

Sur le plan humain, Marius est, pour César, un grand soldat mais aussi un rustre inculte. Faute de réflexion philosophique et morale, il n'a pas su résister aux pulsions de haine et de vengeance qui naissent de la guerre pour construire une harmonie bâtie sur la réconciliation. En se forgeant un outil militaire à sa mesure, il n'a pas vu qu'il fallait changer, bien plus que le recrutement de la légion, la définition de la citoyenneté, révolution dont la légion est un excellent laboratoire.

Bref, Marius est un brillant soldat, mais cela ne suffit pas pour créer l'ordre politique nouveau dont Rome a besoin pour être non plus une municipalité propriétaire d'un monde de sujets, mais un empire de citoyens.

Vale

Caius Iulius


Mille mercis pour les informations que tu m'as transmises sur ton grand oncle, ô César. J'aimerais maintenant, si tu le permets bien sûr, t'interroger sur d'autres personnages de ton temps ainsi que sur leurs idées.

Par exemple, Lucius Cornelius Sulla Felix. Bien énigmatique personne, hein? Enfin, pour moi, pas pour toi. Imperator, puis dictateur aux pouvoirs illimités, c'est pas peu. Toi qui défend si ardemment les intérêts du peuple romain, pourrais-tu répondre aux questions suivantes: l'intérêt d'un peuple passe-t-il avant ou après ses libertés et ses droits fondamentaux? Un homme a-t-il le droit de s'arroger tous les pouvoirs au nom d'un peuple dans son intégralité pour protéger ce même peuple, comme Lucius Cornelius et toi l'avez fait, grand César? Ne vois aucune critique dans mes questions, seulement des interrogations.

Dans l'attente de ta réponse, je te salue, fils de Vénus.


Ave,

Pour César, le peuple de Rome n'est pas une somme d'individus, qui d'ailleurs comptent peu, c'est une réalité politique, garante, avec le Sénat, de la grandeur de Rome. Alors que Sulla a usurpé le pouvoir du peuple au profit exclusif de la caste des Patriciens, César exerce, au nom du peuple, l'empire de Rome sur le monde.

Pour César, l'individu n'a pas de liberté ni de prix, seul compte le destin collectif de l'Empire. En appartenant à la cité, l'individu abdique en sa faveur de ses droits à la liberté voire à la vie; Socrate ne dit pas autre chose la veille de sa mort.

Vale

Caius Iulius