Dialogue avec la rédaction |
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| Astiquez votre armure! Cher ami, Vous allez regretter de m'avoir demandé de participer à Dialogue, Céline n'a plus la cote. À force de calomnies et d'insultes, ils ont réussi à me touer sur la voie de garage tel une locomotive à vapeur qui fuit de partout... À la ferraille, à la casse... brûlons-lui ses livres et qu'il s'étouffe avec les cendres. J'exagère! Vous croyez que je me pignolle en hurlant à la lune? Savez-vous que certains de ces rapaces ont exigé, dernièrement, que mes Fuvres soient mises à l'index et retirées de la Pléiade? Vous vous rendez compte à quel point ils me détestent?... Jusqu'où ils sont prêts à gambader pour me b'illonner et me rayer des mémoires en me conservant dans un bocal pour m'exhiber comme l'exemple parfait de l'aberration, l'erreur historique de la littérature française à ne jamais souhaiter à aucune nation. Il faudrait encore me battre pour les retenir, partir en croisade, toujours... Écrire à un et à l'autre, des milliers de missives, recommencer encore et encore pour empêcher qu'on me recouvre de boue et de silence, mais je suis un homme malade et tout ça me fout en rogne à tourner en rond dans ma cage en attendant la tuile. Vous n'allez que vous attirer des ennuis, cher ami... Des tas d'ennuis. Je ne vous le dis pas, les pressions que vous aurez pour qu'on retourne le ballot à l'envoyeur. J'aime mieux vous prévenir: astiquez votre armure, vous en aurez besoin. Vous savez que mes éditeurs n'ont jamais eu de fistule avec moi: un en est mort assassiné et l'autre devait me flatter à se taper des courbatures dans l'espoir que je me tienne peinard. Il vaudrait peut-être mieux tout abandonner et me laisser avec mes bêtes qui ne me font jamais de reproches et d'allusions... Songez-y, il est encore temps de reculer. Je ne me pardonnerais jamais que vous subissiez quelconques préjudices à cause de moi. Croyez mes sentiments les meilleurs, Destouches |
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| Monsieur Destouches, Votre lettre est profondément respectueuse à l'égard de notre publication. Je vous en remercie et je m'empresse de vous rassurer: vos craintes ne sauraient être miennes et jamais je n'éprouverai le moindre regret au souvenir d'avoir aujourd'hui accueilli un homme d'idées. Que l'homme et les idées aient tous deux été pourchassés ne rend votre présence que plus désirable, car pour échanger des idées, encore faut-il en avoir... Notre publication défendra toujours la liberté de la pensée et le droit à la dissidence. Et si un jour l'un de nos lecteurs faisait montre d'irrespect, croyez bien que ce sera lui - ou elle - qui sera toué en voie de garage. Car nous acceptons les idées et nous rejetons les injures, tout autant que les calomnies. Vos idées et vos oeuvres sont vôtres, monsieur Destouches. Et si vous avez accepté de participer à ce Dialogue, je me plais à entendre que c'est parce qu'il vous reste encore assez d'énergie pour les défendre. Nous vous procurons la tribune: à vous d'en faire bon usage. Avec tout le calme de votre conscience, car nous veillons à ce que cette tribune soit le thé'tre des idées... et non pas son bûcher. Respectueusement, Sinclair Dumontais P.S. Un détail me chicote dans votre lettre... Que signifie le mot «pignoller»? Merci de m'en instruire! |
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| Cher ami, Votre question me fait plaisir... Pignoller. Ça me rappelle Montmartre, Rue Lepic avec Jean Paul, Mahé et toute cette époque, mes meilleurs souvenirs... Nos longues conversations. Ça discutait ferme. Ça discutait dru et la finesse de nos échanges s'envolait parfois jusqu'au Sacré-Coeur. Les curetons s'en lavaient les oreilles à l'eau bénite. En argot, pignoller signifie se masturber et par extension, se masturber exagérément (à quatre mains, si vous voulez). Bien à vous, Ferdinand |
| Cher ami, Je vous avais prévenu. Ils veulent ma peau. M'assassiner! Ils en ont à mes livres... À tous mes livres!... Un autodafé Place de la République les ferait jouir. Ils cherchent à m'enfermer, me noyer dans un marécage d'embrouilles et de haine, trop de haine pour écrire, voilà ce qu'ils veulent: m'empêcher d'écrire!... Car écrire c'est toute ma vie, écrire à m'esquinter les yeux pour trouver la phrase qui chante... Le ton, la musique exacte, le style... Tout est là! Le style, c'est un ballet, il faut que les mots dansent, virevoltent, se fixent un moment dans l'espace, hypnotisent les yeux et l'esprit! Ce n'est pas de la tarte, vous savez, ça ne se compose pas tout seul, il faut bosser tout le temps, noircir des milliers de pages... Les raturer et recommencer dix fois, cent fois...Dix milles pages juste pour le Voyage... Pour ça, j'ai besoin d'un minimum de calme... De sérénité. Et ma santé, mes insomnies, quelques heures de tranquillité chaque nuit, c'est tout... Je ne dors pas, cher ami, je repose... Ces bourdonnements incessants... Ma blessure, 75% d'invalidité, toute ma vie ça m'a poursuivi et ça continue. Ce que j'anticipais est en train de se réaliser... Leur victoire est peut-être toute proche. Je serai au dictionnaire comme l'écrivain du racisme et du nazisme, le reste... Toute mon Fuvre n'existe plus, de la p'té à cochon pour les Goebbels de la terre. Cela a commencé avec ce borgne, ce petit philosophe de bas étage qui m'a accusé d'avoir collaboré et payé par les Allemands... Lui qui m'a cité et copié pour tricoter son premier torchon et m'a gerbé à la première occase et ça n'a pas cessé depuis... Ils s'y sont tous mis, la France libre, l'Épuration et leur besoin animal de vengeance, chacun y est allé de son laïus pour bien paraître... Bien m'enfoncer en se grandissant, se déculpabiliser en montrant qu'eux, sont sans bavure. Je n'en veux nullement à ce M. Laurendeau et à ses lettres, il est victime tout comme moi, coincé dans la tourmente, endoctriné par le complot... Ils n'abandonneront jamais, c'est inutile... Des chiens enragés qui ne desserreront les m'choires qu'une fois mon nom définitivement associé à la rage et souillé d'écume. Ne croyez pas que je r'le... Que je cherche à me défiler et ne désire plus répondre à ce type de questions, pas du tout! Au contraire!... C'est la raison de ma lettre, je vous implore de ne pas tomber dans le panneau grand ouvert en les censurant... Montrez tout, laissez-les s'exprimer... Je préfère encore l'insulte à la compassion... Je me défendrai et vous savez que j'en suis capable... Je me battrai jusqu'à la fin, car ils n'ont rien contre moi, absolument rien, sinon le mépris de leur petitesse. Amitiés, Louis-Ferdinand Destouches |
| Joyeux Noël! Alors, C'est Noël à ce qui paraît? On va se bourrer le bide en l'honneur du p'tit Jésus, ce Juif des étables. C'est sûr, les éditeurs ça fête en famille, les cadeaux, les beaux vêtements avec le pêze qu'on arrache toute l'année durant aux pauvres écrivains... Ah! Mais... Je vous en veux pas mon cher Sinclair, un peu bien sûr pour la galerie, pour sa réput. quand même! Mais allez... Je vous aime bien et vous escroquez moins que les autres... Un Joyeux Noël à toute votre famille, du plaisir et surtout du repos, car la vie... Ce n'est pas le Pérou, la vie... Y faut bosser dur pour arriver jusqu'au trou... Mais jusque là on a encore un peu de temps et maintenant qu'y a Dialogue c'est un peu l'immortalité qu'on gagne et sans donner grand chose en retour... Dialogue, c'est le pied, finalement! Ferdinand qui vous embrasse tous.... |