Pauvre Ferdine!
       
       
         
         

gondi75@hotmail.com

      Aïe!... Oye je devrais vous dire: oÿ!... pauvre Ferdine... manquait que ça, c'est l'avanie toute dernière... l'outrage! Ca avait commencé... souvient-il, fillette? juste après... t'étais là étendu, le pageot tremblait plus, non... avant de prendre la photo... zoiseau!... chiens au respect pour rien, ils t'avaient b'illonné! proprement, tout de blanc! probité!... candide je dirais pas, mais enfin... ton grand portrait cadavre tel qu'en toutes tes biographies, posthumeries à faire de l'or... on a beau gloser, internet, ratiociner à n'en finir, troufignoler le fond les choses, le papier se vend encore... marchand donc, et b'illon...Oh je les entends!... empêcher quoi? l'était déjà cloué, définitif! eh non! erreur! restait encore le petit mot: oh le tout dernier, le très déterminant, l'odeur qui commence, s'échappe... comment elle entame, entonne la décomposition? les odeurs qui sortent d'abord par la bouche... éviter! n'importe le prix! baîllonez-le! et au trou un peu vivement!

Mais ça, prétendre te faire parler, non, personne avait encore osé... le sacrilège, le conchiement de toutes les hosties véritables... et pour dire? mais oh tout le mal, ça tu savais... que t'es affreux à pendre, jamais trop blet pour la corde... rien de changé, mouches et contre-mouches, pucelets, insectes! O poux-puceaux!... Si encore c'était... bon, je dis pas génial... pas Féérie 2, non... mais enfin, on pouvait s'attendre... je sais pas, de la musique, des danseuses, quelque chose... nib! rien à foutre des danseuses, aux gogues toute délicatesse... C'est ça... y sont pas délicats, y sont pas raffinés... mûrs quoi, eux... pour les apocalypses, les envahissements de métissages... les grands charrassements finaux, la crouillerie en chantant!... la nègrerie joyeuse qu'ils ont... ivresse! youtrerie pinardière: la devise nationale des komissars!...

 

       

 

       

Louis-Ferdinand Céline

      Monsieur,

Tu crois que l'ordurerie humaine vaut la peine qu'on se maille les baloches pour son salut? Hé! Foutre! Je n'farfouille pas dans les chiottes de Matignon à la quête de fiente élyséenne ! Va te renifler les appendices du côté de l'hémicycle! Traîner ta viande sous la coupole! Te chicorer le croupion avec la curaille vaticane! Pieuter avec la déclaration des droits de l'homme... Y sont tous là à se branler sur le drapeau de la République, jacter vaille que vaille leur humanité à coups de 75... Beaux monde tout de même cette racaille accréditée... Danseuses luxueuses, belles jambes, tout en muscles, nichons bien dressés et les costards cravatés en bavent leur écume. Pourquoi j'ferais dans la romance, alors qu'ils gerbent leurs fadaises à tout vent?

Foutre-bite! Non! J'préfère encore la Butte, ses poules qui t'accostent. Les gouines qui te racolent... T'as du pèze?... Y te racontent pas des bobards les putes... Allez Ferdinand! Renifle un peu ma sciure! Fais y bouillir la mixture... On monte?... Pas de promesses! Pas de serments! Pas d'éternité! T'auras ton p'tit plaisir... Rapidos! Coups du bassin! On se balance un peu des hanches! Une torgnole si ça ralenti dans les ardeurs. Paresseux? Ça va? Ça vient! Et hop!... Suivant! C'est pas du cinoche! C'est pas la fraternité de monsieur Camus... Pas les idylles éperdues d'éditeurs en manque de vedettes... de grande littér'''ture, l'académie... C'est la vie. Le paveton... La dèche. Le dénuement, l'absence, le populo... C'est m'sieur Prolo et ses pintes de rouge... C'est Clocho de la Seine... Le p'tit mac à la brillantine... Le braqueur de Tabac... Tout ça... Le reste? La fraternité... du bourre mou!

Tu voudrais que je te cause raffinement? De la délicatesse du tortionnaire! Son clébard ses mômes, sa langouste! Maille toi beau gosse! À l'église le dimanche! Les bonnes Fuvres! Concert bénéfique! La charité en Roll's!... Va plutôt causer avec Buste-à-pattes, si tu veux faire dans la dentelle. Pas avec Ferdine! Ne suis pas dans le littéraire... C'est pas mon genre... Comptez pas sur moi... Mauriac, Gide, du Gard et farfuterie... Pas moi! J'ai pas de fauteuil! Pas de Nobel! Pas même le Goncourt! La pléiade! Rien du tout! Je manque d'éducation...de s'''voir vivre... D'états d''me... Courbevoie! Passage de Choiseul! 14-18! Clichy! Sigmaringen! Vestre Faengsel!... Rien à foutre de l'hypocrisie!

Féerie, dis-tu?... Incompris!... Ignoré! Démoli! Enterré! Même, l'éditeur s'en grattait les excuses... Publicité! Congés payés! Inondations! Guerres... le vide... Toutes les raisons pour enterrer l'ours!... La pelle! lynché Ferdine! Finish Céline!... Au pilon Féerie! Incompréhensible ce bouquin! Charabia insaisissable... vomissure de mots... Incohérence!... Décrépitude... désossé! Déstructuré! La fin! C'est pas un livre ce Féerie... C'est de la merde de Facho!

La musique de Féerie? La seule?... Des rafales jetés comme des bombes sur la gueule du lecteur. Tango des bombes alliées sur Montmartre... Quadrilatères en fumés... Geysers de feu! Tourbillons de gravats... Tourmente des enfers... Nuit d'artifices... Ballet aérien! Lucette et Popaul sur les toits à la poursuite de Bébert, premières loges... Baise! Spectacle à la Galette! Comptines des ténèbres... Vombrissement des bombardiers, saccade de DCA... Fatras de plafonds... Aux abris! Baoum! Sur la gueule! on en a pris un max des bombes des Libér'''teurs... Le cadeau du ciel anglo-américain sur Paris.

Tendez l'oreille à la petite musique guerrière, elle s'infiltre dans la valse de la démesure et du feu... Mais vous avez rien saisi de tout ça... Personne n'a entendu... Vous savez pas regarder... Vous écoutez ce qui vous endort et vous rassure... Le reste c'est de la misère qui faut pas montrer... Alors qu'ils s'en torchent tous de mon génie... Maîîître!!! Qu'ils me délectent! Y en a plus, que j'répond! Terminer le génie! Assez! Dix mille pages d'acharnement et de douleur pour de la musique de foire... Foutre merde! Des millions que je dois à mon éditeur et ça s'accumule... Submergé! Noyé! Ne possède même plus ma chemise! Alors, pas le choix d'écrire! Esclave que je suis devenu! Y a l'huissier qui m'espère au détour...Ils n'ont pas réussi à me fusiller, alors ils m'auront autrement... Pauvreté, dénuement, haine, censure... La misère! La fin... Voilà ce que je vis et ça vous suffit pas?

Mon cadavre pourrissant la gueule ouverte que tu dis vouloir? Depuis le Voyage... qu'on veut ma peau... Alors forcément y réussiront un jour ou l'autre à l'avoir... Y m'auront à force de haine de mensonges et de tourments. Tracasseries, mesquineries continuelles... leurs petits plaisirs solitaires de pouvoir se branler enfin sur mon cadavre... Bientôt, sûrement... ça viendra et vous la verrez ma viande en pestilence, masque funéraire et draps blanc... bière, homélie et crains pas y aura personne pour me pleurer... On fera bombance dans les cercles... Égorgera le veau gras dans les synagogues. Les cocos crieront victoire au nom de la classe ouvrière, contre le fascisme endémique et pour finir les critiques se désoleront de mes débordements de scribouilleur raté... Le Figaro! Page 12, trois lignes pas plus... Foutre qu'on se bidonnera dans les alcôves...

Mais rassure-toi, n'en suis pas encore là... Ils prennent leur moralité pour des évidences... Ferdine n'est pas crevé, pas encore... Il aime trop vous emmerder pour calancher dans les normes...casser sa pipe avant d'en voir quelques-uns se déboulonner le socle... Je vivrais mille ans juste pour le plaisir de les voir crever...

Céline