Mon chat... |
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| Pas bonjour, L-F, puisque tu es mort;
ça ne sert à rien, hein? Voilà: mon chat a connu Bébert.
Entre chats de banlieue, on bavarde, c'est connu. Mon chat, je l'appelle Isaac, parce
qu'il est juif. Un jour de pluie, entre deux ronrons, il m'a dit une chose, je cite:
"Ferdinand, au fond, il était jaloux des juifs." Alors? Dr Zoom, des antipodes de Paris |
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| Monsieur, Isaac, dites-vous? C'est par goût du sacrifice?... Vous, c'est docteur Abraham, le bourreau? Remarquez que vous pouvez bien l'appeler Adolphe, Joseph ou Winston votre Isaac et pourquoi pas Charles ou Léon... Je m'en fous! Buste à patte, si vous préférez. Des noms, y en a des cents et des milles... J'irai pas vous dire ce qui faut ou pas... Tout de même!... J'comprends qu'il se cherche des potes vo't greffier, avec un nom pareil. Devriez faire dos rond avec, plutôt que l'insidieux. Que Bébert et Isaac aient frelaté ensembles à Montmartre, c'est possible. J'dis pas non, vagabond le Bébert, ni Maître ni Dieu, en fait. Voyez-vous, Bébert on ne saisit pas trop ses origines... Le Vigan et Tinou, un cadeau de mariage, de la Samaritaine peut-être qu'il vient, allez savoir?... C'est loin cette époque. Mais c'est qu'il s'en foutait de son chat, Le Vigan... Le laissait crever de faim, son Bébert, qui se prénommait alors Chidibaroui... Je crois, mais pas sûr. C'est comme ça qu'on s'est rencontré finalement, il venait dans notre piaule, 4 Rue Girardon, 4e étage, si vous voulez tout savoir... Venait bouffer un peu, à la sauvette, se reposait et repartait à la piste... Les souris et les gonzesses... La survie et l'instinct, vous connaissez? Puis, reprenait sa quête, chez Marcel, Gen Paul et lorsque Le Vigan et Tinou se recollaient... Et bien! Il y faisait halte à nouveau. S'engraissait un peu, profitait de l'harmonie recomposée, se reposait, soignait ses plaies... Ça ne durait jamais longtemps entre les deux, l'harmonie... La guerre reprenait, alors Bébert affamé devait partir à nouveau, reprendre l'errance, plus personne pour s'occuper de lui, le nourrir... Bébert maigrissait, rachitique, les os transperçaient sa fourrure... Voyez-vous, pour être franc, à l'époque, Bébert... Je m'en foutais un peu. C'est Lucette qui le nourrissait dans mon dos, sans que je le sache. C'est elle qui a insisté pour qu'on le prenne avec nous en 42, lorsque Tinou et Le Vigan ont fait naufrage pour de bon, chacun sur sa galère... Chacun de leur côté. Moi, j'voulais pas m'encombrer d'une bête dans la folie qui déferlait de partout... Lucette a insisté et on l'a gardé avec nous Bébert qui, par la force des choses, est devenu notre chat... On est vite devenu copains tous les deux... Lucette donnait ses cours, j'écrivais Guignols... Et Bébert était là, me regardait travailler, m'encourageait à sa façon... Des ronrons, des coups de museaux glacés sur les doigts... Et de longs moments de sommeil sans fin, dans un coin... Jamais loin. En 44, il a bien fallu mettre les bouts, sinon on serait mort, assassiné, comme De Noël, mon éditeur... Dans la tourmente, la fuite...De gare en gare... Baden-Baden, de bombardement en bombardement... Berlin, Hambourg, toute l'Allemagne dévastée, anéantie sous les bombes des libérateurs. Y saisissait tout Bébert, jamais une plainte, un coup de griffe... Y savait tout Bébert, l'importance des évènements... Y sentait la catastrophe qui frappait, la gravité, les dangers qu'on affrontaient, les boches qui voulaient lui faire la peau... Y savait qu'il ne devait pas bouger de sa musette... Jamais! Pas un poil! Attendre notre signal, qu'on le sorte... ses besoins, le nourrir un peu... On lui gardait les meilleurs morceaux de viande...Tout ce qu'on avait. Mille fois on a failli le perdre, n'avait pas ses papiers de chat Aryens, le Bébert. Un b'tard comme vous et moi. Il nous a jamais quitté, jusqu'au Danemark il nous a suivi et après... En prison, Lucette me l'amenait parfois, caché dans un sac, il pointait le museau, me reconnaissait, clignait des yeux... Ronronnait... Silencieux, comme toujours, je lui causais à mots couverts. On se comprenait tous les trois, pas besoin de discours pour dire la peine, les joies ou l'absence... La fin de tout, de l'espoir, l'exil à Konsör, le froid, le vent, la Baltique, les privations, la solitude, mais Bébert était là, toujours... Et vieillissant. Déjà un vieillard pour un mistigri. C'est qu'il était né en 35, Bébert. C'était un véritable frangin qui ne disait jamais de mal de sa famille alors que tous les autres nous crachaient dessus. Les bêtes, ne sont pas ainsi... Les bêtes ne sont pas des hommes, ces ordures. Il est revenu avec nous Bébert, déjà malade qu'il était, opéré pour un cancer, là-bas au Danemark. Il est mort à Meudon... Agile, gracieux et nous tout autour, l'accompagnant dans son dernier souffle... D'épuisement, il est mort et nous tous on va en crever aussi de fatigue, de faiblesse, d'accablement... Comme le temps qui pue la mort... Enterré dans le jardin, pas loin, une petite bute... On y a planté des arbres, tout près... Je vois très bien l'emplacement même s'il y a plus rien, l'effacement, le nivellement, la terre... Bébert. Ah! c'était pas n'importe qui mon Bébert... Les bêtes, ça ne vous trahit jamais. C'est pas comme les humains, les bêtes... C'est fidèle. Alors, possible qu'il ait raconté à vo't Isaac que j'étais jaloux des Juifs... Possible, mais peu probable. C'est des histoires que vous inventez pour m'emmerder... Remarquez que c'est normal, tout le monde aime bien m'emmerder, ça les déculpabilise de leurs propres petites saloperies qu'ils s'avouent dans l'intimité, la chaleur de leur pourriture... Des petits secrets d'avant, de si loin qu'il n'y a plus vraiment de douleur, seulement des souvenirs qui persistent, mais qu'ils préfèrent garder pour eux à cause de la honte qu'ils voudront jamais admettre. À cette époque, avant 42, on ne se connaissait pas vraiment, Bébert et moi. Il devait entendre beaucoup de racontars dans ses virés, les mesquineries habituelles sur mon compte... C'est peut-être ça qu'il a raconté à vo't Isaac... Des racontars. Je crois que si Isaac lui avait posé la question après l'exil, la prison et tout ça, il lui aurait raconté que la vérité... ... Que Bébert et moi, c'était à la vie, à la mort. Louis-Ferdinand Céline |
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| Retour à l'envoyeur! L-F, ta réponse baveuse ne m'étonne pas, manoeuvre dilatoire et dissolutive pour ne pas mordre dans le sujet!! Relis, bon sang! Je ne cherchais pas à savoir si Bébert l'avait bien dit à Isaac, ce dont on se fout comme de l'an 40, mais ce que tu penses de cette interpellation, si penser t'es encore possible! Et la vie de ton greffier, je m'en tape aussi! Évidemment, tous ceux qui te coincent le bulbe t'emmerdent! Rien à battre du Bébert: on n'est pas dans le courrier des lecteurs de 60 millions de collab, euh, d'amis... Donc, je resserre ma question: les juifs, pour toi, c'est quoi? En as-tu réellement connu? Sont-ils tous des caricatures comme dans "La Libre parole" de ton complice Drumont? Des cloueurs de p'tit Jésus, hein?! Des vampires suceurs du sang des bons franchouillards moyens qui venaient faire banquette dans ton antre de Meudon?! Tiens, une autre question, docteur: peut-on être assermenté par Hippocrate et mépriser sa clientèle? À bon lecteur, salut! |
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| Messieurs les éditeurs, J'me disais bien que ça en arriverait là, un jour ou l'autre; Tôt ou tard ça se produirait! Ferdinand, que j'me suis dit, y sont biens gentils Dumontais et son Popov; Toujours des vous!; Des bien entendus! Avec plaisir! Quand vous voulez! Tout de suite!; Votre manteau! Vous désirez vous asseoir? Un café? Non? Oui! Peut-être! De l'eau, ça suffit? Bien froide, votre eau? Un verre propre? Ça va de soi!; Garance!; Merde! Un verre d'eau fraîche pour Monsieur Céline; Il est fatigué, Meudon c'est pas à côté, c'est loin; la route est mauvaise; La banlieue! Le bout du monde!; C'est pas le Danemark, tout de même! Foutre! Et j'cause pas des compliments qui pleuvent; Les fleurs, les couleurs; vôôôtre style; maîîître!!!; Courbettes et tapis rouge; Rubans! L'ordre de Lénine! Le Kremlin!; Le Reichstag; Les Bagnoles, Mercédez; Et gonzesses sur les sièges en cuir. Bien gentil tout ça, l'éditeur et le Popov; tous ensembles; Ils ne font qu'un dans l'adversité; Mais ta prose finira bien par les emmerder tout de même, Ferdinand; Forcément; Tu y échapperas pas;Kaputttt!. Ils te joueront les violons des belles lettres; Et voilà la censure, mais pas violent du tout on le dit pas carrément; Non! C'est plus subtil! Franchouillard!; On oublie une lettre; Perdue dans les dédales de la maison; Faut comprendre; La bureaucratie! La poste! À qui se fier, j'vous le demande?; Une secrétaire!; Garance! Nom de Dieu!; La lettre de M. Céline; Tu l'as foutue où?; On va la retrouver, ne vous en faites pas, de la patience; Sur l'heure! Au pied! On cherche dans les coins, le tas d'ordure! Ça renifle; Gigote; Branle de la queue; Éternue; l'humidité! Les champignons; Ça attaque les muqueuses, les champignons; Mais pas de lettre! Perdue la lettre... Foutue la lettre! Pourtant; L'autre guignol, Le Divin; Tout de suite sa bafouille!; Dix minutes, pas plus! La lettre est publiée, bien présentée et voilà; Et Ferdinand? Tintin! Ferdinand! Faut dire que Dieu, c'est pas de la tarte, on connaît ses origines; Vaut mieux celui là que cette loque d'antisémite; Cent fois mieux; Mille fois mieux; Y a une ordure qui m'insulte; Me traite de salopar, d'ordure, de pourriture; J'y réponds et que dalle; Nulle part, rien! Le néant; Y en a seulement pour la frénésie du Bon Dieu avec son grégorien à la sauce du Verseau; Le nouvel ère à ce qu'on me dit; Foutre. Et ma lettre à Abraham; En avez fait du papier cul nom de nom? Ma réponse à Abraham; Deux jours que je vous l'ai transmise; Deux jours et rien du tout; Vous vous foutez de ma gueule, ou vous jouez de la censure? Céline |
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| Monsieur Céline, Cessez je vous prie de grimper dans les rideaux. Monsieur Delapravda s'est offert quelques jours de vacances avec mademoiselle Feuerbach et je suis seul pour accomplir toutes les tâches. Et soyez honnête: jamais vos lettres ne dorment bien longtemps dans nos tiroirs. Vous sautez sur l'exception et vous en faîtes une affaire d'état. Voilà. Elle est maintenant placée votre lettre. Dumontais |
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| Abraham le bourreau, Ma bave épaissit au contact de vo't matière cervicale, cher Abraham... Désertique! Remarquez que vous n'êtes pas le seul clébard à hurler après le premier écrivain venu. Vos p'tits franchouillards cléricaux aiment bien bouffer de l'écrivain... C'est dans leur nature ancestrale... Pleutres! Couards! Hypocrites!... Pendu Villon! Exécuter Chénier! Embastiller Sade! Exiler les uns et les autres parce que ça vous dérange qu'on écrive autres choses que de belles histoches pour vous faire arquer. Vous rongez les mêmes os pourris depuis cent mille ans et c'est pas demain que ça va changer... L'écrivaillon est la cible impec de Populo-Abraham... Le connard par excellence, l'écrivain. Le damné qu'il fait bon foutre au trou... Fastoche! La masse se défoule! Y va expier pour nous tous... Crucifiez-le! C'est la Rédemption assurée! Le grand pardon collectif! La tache originelle effacée! C'est Ferdinand l'ordure, pas nous. C'est pas compliqué... Vous êtes parfait dans vo't rôle, continuez... Tendez l'oche... Écoutez l'air du temps... Fredonnez la chansonnette et suintez de l'intélect... De V'ot côté par contre, le niveau d'intélect semble saturé depuis que vous vous prenez pour un justicier... Faites gaffe... Ça va vous sortir par le croupion et v'ot Isaac va vous chanter des cantiques. Faudrait savoir ce que vous voulez... Vous me causez de Vo't Isaac et de Bébert... Je vous torche une belle bafouille et me dites que ça vaut pas. Vous chiez l'encre en toquard et vous dites que j'y comprends que dalle. Vous m'insultez et voulez que j'réponde peinard à vo't torchon. On atteint le seuil de l'incontinence... Hop! Aux abris! Nom de Dieu! Devriez voir un toubib, même si j'ai des doutes quant à vos chances d'en réchapper... J'peux toujours vous faire un toucher, t'ter la pourriture de l'intérieur, ce que ça donne... Le tableau! Mais ça m'étonnerait que ça serve à quelque chose... c'est trop tard. Vous voulez savoir quoi?... Que je suis antisémite?... Que j'ai écrit contre le pouvoir obscur de l'argent?... Que je me suis lavé les mains dans leur sang? Que j'ai applaudit aux massacres? Que je profanais les cadavres? Arrachais leurs dents en or?... Que j'ai tout voulu? Planifié? Tout ça? Allez! Dites-le que ça vous ferait une petite jouissance ma confession, comme ça, d'un bloc! Crache le morceau Ferdinand! ... Enfin! Il avoue! Sûr que Dieu n'arrêtera pas vo't main, ce coup-ci. Vous pourrez assumer la vengeance des siècles... Foutre Bite! Abraham le vengeur, débarque... Mickey la souris masquée et les amerlocques à l'abordage... Au boudin! Gavez-vous en de votre liberté des puissants... Y a du pèze à ramasser... À la pelle! Y a qu'à faire courbettes! Ça vous sied à la perfection. Que savez-vous de cette époque cher Abraham? De mes écrits? De ce que je dénonçais? Qu'en savez-vous sinon vo't perception étroite de p'tit parvenu qui pense que le troupeau correspond à la grandeur de son berger. Félicitations! Bravo! Bis! Vous êtes dans le meute, pareil aux autres, bien en place, installé à perpet...Même discours! Même hypocrisie! Insignifiance! Cupidité! Déferlement! Vous défendez les droits et admirez celui qui vole vo't sueur pour s'enrichir et rêvez de faire identique. Vous jugez avec les yeux de vo't monde et laissez-moi vous dire qu'il n'est pas meilleur que le mien, vo't monde malgré toute la suffisance que vous pouvez y mettre à me convaincre. Torchez-vous en de ma chiure et revenez voir si j'y suis! L.F.C. |