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| Monsieur, Vous vous êtes engagé volontairement dans la terrible guerre de 1914. Vous vous êtes mis Dans de beaux draps quand vous avez entrepris ce Voyage au bout de la nuit. Vous aviez pourtant déjà côtoyé la Grande Faucheuse et aviez tenté de dissuader cette maudite Mort à crédit de faire ses ravages en Afrique et dans les quartiers populaires de Clichy et de Meudon. Avez-vous espéré lui faire barrage? Est-ce de cette École des cadavres qu'est née la rage qui vous a habité sans jamais arriver à faire un véritable Mea Culpa? Est-ce de là que naquit en vous l'idée que les gains de cette guerre n'étaient que Bagatelle pour un massacre? La littérature ne semble pas avoir pansé vos blessures à l'âme. Les effets du style ne semblent pas non plus avoir lénifié votre esprit. Du grotesque à l'horrible, de la caricature cruelle au délire, de points de suspension en points d'exclamation, ils n'ont fait que crier toute l'horreur qui vous hantait. Même caché derrière un alter ego, des paroles triviales et nauséeuses jaillissaient de vos écrits, la démesure n'arrivait jamais à calmer le Mal qui vous habitait. Malgré les onomatopées, la nouveauté du vocabulaire employé, les registres de langue variés, la nouveauté de ton et de forme, toute l'invention que vous avez apportée ne vous a jamais rasséréné. Vous qui avez été écrivain par nécessité, la catharsis n'a jamais été réalisée malgré votre quête incessante. Vous avez dénoncé, raillé, provoqué; vous avez, à votre façon, été aussi grand que Proust et que Joyce. On a écrit que «le langage est le lieu où se recomposent le monde et l'homme disloqués». Vous en êtes l'incarnation même. À quel prix? Dites-moi, Monsieur Destouches, avez-vous jamais connu un seul instant de paix? Une passionnée de lecture, Louise Chevrier |
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| Chère Madame, Mazette! Dites donc! C'est bien torché votre petite bafouille… Ficelée gentiment pour les grands salons. Mine de rien vous expliquez le parcours du combattant, le valeureux. Maintenant, il ne reste plus qu'à l'enterrer…le combattant! Terminé! La boucle autour du cou…bien ajustée et à la trappe Ferdinand. T'as fait ton temps! La postérité se chargera de conclure… enculé par l'Histoire. Habité par le mal? Foutre! Vous exagérez, chère madame! Vos compliments dépassent mes modestes qualités en ordureries. Le mal? Mais qu'est-ce que le mal? Une vieille invention de moralistes gâteux pour justifier leur perception du goupillon, s'emplir les poches, s'offrir la Légion d'honneur et le paradis en prime. Le mal n'existe pas! Il n'y a que l'homme et sa propre lourdeur à vouloir tout détruire…Rien d'autre que la lourdeur, soyez-en assurée. La paix? Vous avez raison, je n'ai pas connu beaucoup de joies. La vie s'est toujours chargée de me ramener à la réalité des faits et cela n'a rien à voir avec le plaisir. J'ai traversé mon existence d'une «guerre l'autre». C'est le drame de ma vie… la guerre. Vous savez bien que la paix n'est toujours qu'un minime interlude entre deux guerres. Alors, tout comme le mal, c'est un mot creux! Vide de sens! La paix n'existe pas…On se prépare toujours pour une nouvelle hécatombe…Fourbir les armes, astiquer les canons, fabriquer les cercueils et je crois bien que votre époque n'y échappe pas non plus…À ce qu'on me dit. Ahh! Mais vous me causez de paix intérieure…de nirvana! Spiritualité! L'astral! Assurément! Absolument! Je connais! Cet état de grâce qui rapproche l'homme de son créateur! Contemplation devant les beautés de l'univers! Foutre! Très peu pour moi ces babioles pour divans de psychanalystes. Il n'y a que le travail, toujours…Uniquement! Écrire n'est pas un plaisir, mais une torture. Pareil pour la danse, qui m'apporte un sentiment qui peut se rapprocher à ce que vous appelez la paix… Pourtant, c'est un leurre, imaginez la sueur de la danseuse et les supplices qu'elle a enduré pour que votre œil s'apaise. Alors, la paix, le plaisir, tout ça...C'est comme tout le reste…souffrances et douleurs. Bien à vous, Céline |