La fraise qui sauve |
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| Je suis bien heureux de pouvoir vous faire une petite visite
Ferdinand, en ce jour béni! Je suis en effet né le jour de l'Ascension
et comme cadeau de raison pour mes 7 ans de la chose mon père m'a solennellement
averti qu'il y avait quelque chose qu'on appelait «Dieu» et qui faisait
couler beaucoup d'encre et de larmes. Il a endossé un tel ton pour me dire
ça que j'ai eu une frousse terrible. Alors mon père m'a rassuré
tout de suite en précisant que certains y croyaient et d'autres non. Moi j'ai
répondu plus effaré encore qu'on se foutait pas mal de ceux qui y croyaient
ou non parce que ça ne répondait pas du tout à la seule question
qui vaille: existe-t-il on non? Là c'est mon père qui a eu une frousse
terrible mais heureusement ma mère a amené le gâteau, pis mon
petit frère qui comprend jamais rien à n'importe quoi a mis les doigts
dedans pour prendre une fraise en cachette alors que tout le monde l'a vu. Il a attrapé
une claque aussi terrible que la frousse de mon père, ce qui nous a permis
d'oublier Dieu avant de savoir s'il existe ou non. Honnêtement on a eu de la
chance ce jour-là, sans mon petit frère on s'en sortait pas et 30 années
plus tard j'avais toujours pas 7 ans! Bien cordialement. |
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| Monsieur, Vous avez raison, frayer avec Dieu comporte des risques, nombreux, imparables... Hasardeux. Vaut donc mieux tenir ses distances. Imaginez donc à sept ans? C'est pire! Cent fois pire! L'innocence, la fraîcheur, la naïveté, l'éternité de la jeunesse ne nous dispose nullement à ces trucs rasants. Horreurs, châtiment, tortures, exécutions et tout le tralala! Vous vous rendez compte du lot d'absurdités qu'il faut se farcir? Virginité! Trinité! Procès! Mise à mort! Résurrection! Ascension! Tout ça! À sept ans!... Merde! À ce compte, les dragons, fées, lutins et farfadets en tout genre émoussent l'imagination... pas ces boniments de cloîtrés. Je crois que finalement vous l'avez échappé belle... Foutre! Quelle histoire! Comme quoi la famille peut être parfois utile à quelque chose. Rarement, je vous l'accorde, mais tout de même. Entre vous et moi, pouvoir se libérer de la lourdeur divine vaut bien quelques baffes derrière la tronche. C'est toute une série d'emmerdes qu'on s'évite pour finalement pas grand-chose... Si! Si! Vous connaissez pas votre chance. Quant à savoir s'il existe ou non, je vous dirai que tout le monde s'en fout et moi le premier. Puis, toujours entre vous et moi, si les humains sont vraiment à sa ressemblance comme l'affirment les curetons, je crois qu'il n'en vaut pas le déplacement. Bien à vous Ferdinand |