Joyeux Noël! |
||||
![]() |
||||
| Mon cher Louis-Ferdinand, Nous sommes tous des êtres humains. S'il y a quelqu'un qui a expérimenté la merde, la vraie, c'est bien toi. Quand je pense qu'on a osé te traiter de nazi. Est-ce possible? Comment un poète peut-il être associé à une quelconque idéologie? L'écrivain n'est-il pas libre, complètement libre? N'est-ce pas cette liberté totale qui permet la plus haute inspiration? Oui, bien sûr, des circonstances aussi merdiques que celles qu'entraîne une guerre entre cousins "germains" introduisent des situations assez paradoxales. Les Anglais en ont profité. On le sait maintenant. Et puis la maudite misère. Celle que tu as vécue toute ta vie. Et tout ce qui l'accompagnait. Il t'a même fallu quêter à la nénéreff des feuilles pour écrire! Ces gens qui ont sans cesse pensé au succès. Et c'est toi qui, à l'instar des autres créateurs, le leur procurait ce satané succès... Mon cher Louis-F, tu me plais. J'aime ta verve et, par-dessus tout, ton langage unique. Être original, encore faut-il le faire. Mais toi, tu arrives à imposer ta langue, même si elle est française, comme un message à aucun autre pareil. Tu nous fais savoir qu'emmerder c'est non seulement un style, mais une vérité! Et, même si l'on s'interrogeait longtemps sur la nature de la vérité, il n'y a pas de recette magique. La vérité est une voix. Quelqu'un qui a l'audace et l'intégrité de se prononcer. Mon ami, au-delà de ton avocat (Mikkelsen), tu as été et tu demeures une lumière d'intelligence et de vécu pour le genre humain. C'est vrai qu'en Amérique personne ne sait ce que c'est que de vivre une hostilité mortelle avec son voisin. Je serais curieux d'observer nos réactions d'êtres humains dans de telles circonstances. Une chose que je dois te dire, tu es moins hypocrite que tous les grands qui ont obtenu un statut de héros. Joyeux Noël, mon ami, et à toute ta famille. Richard |
||||
|
|
||||
|
|
||||
| Cher Monsieur, Que peut répondre le vieil homme malade que je suis à votre charmante lettre? Humblement, je vous l'accorde, ne pas être habitué à autant de commisération et d'amitié de la part d'un lecteur... Et lorsque cela se produit, on finit par y dégoter quelques intentions cachées... Malveillantes!... Ne me tenez pas rigueur de mon scepticisme avoué, l'obligation de me défendre des attaques de toutes ces belles gueules qui en veulent à ma peau m'a rendu méfiant. Oui, vous avez raison, l'Histoire est une vieille pute infectée offrant son cul gratos aux vainqueurs pour goûter à la gloire passagère du conquérant... Les régiments y passent et se la repassent... le petit troupion se vide les couilles en croyant baiser Hitler une dernière fois... Y se rend pas compte que le baisé dans toute cette emmerde c'est lui... Pas le marchand de canons qui redeviendra marchand de casseroles... Pas le nouveau riche du marché noir qui fera dans l'import-export... Pas le collabo qui se fera politicard ou flic au service du nouveau pouvoir... Pas le cureton bien nourri qui baptisera, mariera et enterrera tous ces salopards... Foutre!! Non! Le pauvre type, la victime, le laissé pour compte, le troupion... celui qui a échappé au casse-pipe retournera dans sa piaule avec ses mioches et sa bourgeoise puis à l'usine s'échiner pour que son patron se paie sa villa sur la côte. Il entretiendra ses souvenirs aux pinards, crèvera d'une cyrrhose ou d'un cancer du rectum et on passera à autre chose. Elle est belle la liberté de l'écrivain, elle m'a conduite directo à l'exil, la prison, le bannissement et la relégation... À la pauvreté... C'est chèrement payé pour le droit à l'opinion et à la vérité. Les Français ne méritent pas ce que j'ai enduré pour eux... Le Franchouillard n'a rien compris de la merde qui lui est tombée dessus... C'est lui qui l'a perdue cette foutue guerre!... Le pauvre illuminé! L'Amerloque l'a bouffé tout rond, digéré, chié et rechié... Et ils en sont encore à dire merci à Tonton Sam... Allez! Enfants de la patrie... Marchands de pinards et de camembert... La gloire est dans la couleur de vot'saleté de fric et le reste n'est que littérature... Les privations des dernières années, la haine, la censure... L'usure! Ces charognards qui me guettent au premier détour... Je vais bientôt leur donner satisfaction... À tous! Mon seul regret sera de ne pas avoir eu le plaisir de les voir crever avant moi... Car c'est la mort qui est tout au bout de vos propos... Elle est proche... Elle me touche la salope... Je l'excite! Elle se trempe! Elle me cause comme ça... Souvent... La nuit surtout... Mes insomnies... Les bourdonnements continuels... Elle en profite... Elle m'attend, la mort... Patiente, aux aguets!... Elle en bave... Mais je sais qu'elle ne demandera rien d'autre que ma carcasse déviandée... Ni excuses... ni autocritiques... Ni rien! Elle me prendra comme je suis... Par surprise! Cher Ami, je vous remercie de vos mots, de votre compréhension et de votre clairvoyance, mais un conseil... Ne criez pas trop haut votre amitié, car porter le fardeau de ma défense est lourd et encombrant... Ça pourrait vous coûter cher et ça n'en vaut plus la peine. Bien à vous, Ferdinand |