Et les autres? |
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| Bonjour, Monsieur Céline. Je vais me dispenser de vous offrir le couplet convenu du «vous lire a été pour moi un choc salutaire, etc.» Même si c'est vrai, quelle importance. Faut s'en battre l'oeil, de la révélation faite au lecteur anonyme. Déjà qu'il y a pas bézef d'écrivains qui passent à la postérité, manquerait plus qu'on se soucie des lecteurs. Cependant, merci d'avoir existé, et d'avoir écrit, au prix que l'on sait. J'aurais souhaité savoir, si cela ne vous dérange pas trop, ce que vous, vous lisiez. Quels écrivains avaient retenu votre attention. Ce que vous aimiez. Je vous salue, Agathe |
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| Agathe, Peut-être ne suis-je pas l'ogre que l'on voudrait... mon ressentiment vient de l'acharnement des hommes à me réduire à une peau de chagrin. Ils voudraient bien me rayer de leur liste... À tout jamais, n'avoir jamais existé. Éliminé le Ferdine! brûler mes livres! Alors, toutes griffes dehors... J'écume! Je rage! Je défends mon intégrité d'homme et d'écrivain. Soyez donc assurée que je sais apprécier les quelques approbations venant de mes lecteurs... Il est vrai que je me méfie des acclamations... un peu. À tellement d'occases on m'a trahi! Lâchement poignardé dans le dos que je garde une incrédulité permanente envers des exclamations mal dosées... Question de survie. Voyez-vous, les écrivains se foutent du style... éperdument! C'est trop de boulot... peaufiner... rayer... reprendre. Vendre leur camelote dans les étals... La préoccupation. Ils s'en branlent de satisfaction ... Histoches qui ressemblent à un million d'autres, toujours torchées dans le même sens... Très rares les écrivains à style, un ou deux par siècle, pas plus!... Rabelais! Certainement le plus grand, le premier à tenter d'utiliser le langage parlé dans l'écrit... Lui aussi on l'a détesté, menacé du bûcher... détesté! Honni! Vomi! Exécré!... Voltaire n'est pas à dédaigner non plus. Quelques autres aussi, dans leur genre ont cherché le style... La Fontaine! Morand à ses débuts, Ramuz et aussi Barbusse avec «Le Feu». Bien à vous, Ferdinand |
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| Ferdinand (je dis comme ça puisque vous m'appelez Agathe,
y a pas de raison de faire des hiérarchies), Je vous remercie bien de m'avoir répondu. Et si précisément en plus. «Le Feu», mon grand-père lisait ça. Faut dire qu'il avait été de ceux qui, à seize ans en 14 avaient quitté la rue Lepic en chantant A Berlin. Lui et ses copains, ils abandonnaient juste les caisses à savon bricolées avec lesquelles ils dévalaient Montmartre, y prenaient le train et en deux coup de cuillère à pot ils allaient le règler, le problème, le linge sur la ligne Siegfried pourrait sécher et hop. Tout ça il me l'a narré mille fois. Après, il voulait plus raconter. Je comprenais pas. Son histoire, celle qu'il voulait pas dire, qui pouvait pas lui franchir les lèvres, c'est dans le Voyage que je l'ai trouvée. Pour ça aussi je devrais vous dire merci. Évidemment que vous n'êtes pas un ogre. Faudrait pas vous avoir lu, pour penser des inepties pareilles. Pas voir dans ces déluges de fer et de merde et d'horreur, ces tombereaux de colère et ces orages de boue, les fleurs qui poussent, paf, hasard d'une page, et je ne suis pas naïve au point de croire que c'est du hasard. Mais, justement, du beau travail. D'écrivain pour le dire, et d'homme pour l'avoir vu. Peut-être que c'est ça, le style, cette rencontre entre entre une vision des choses et une voix pour la raconter. Enfin, j'imagine. Du coup, ça peut pas se décider, d'avoir du style. Si vous aviez un peu de temps, j'aimerais bien que vous me disiez ce que vous en pensez. Mais je ne veux pas vous ennuyer. Je vous salue, Agathe |