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R. Boaxx 
écrit à

Louis-Ferdinand Celine


Enfin! De quoi vous payer


   

Quoiqu'un peu trop tard, je l'admets... Il n'y aura pas que le curé de campagne pour vous donner raison... La «Terre» elle-même nous prépare une indigestion qu'il ne leur sera pas possible d'étouffer comme ce fut le cas pour votre «Chronique». Piètre compensation, faut-il encore admettre... Que vous vous attardiez encore sur notre condition me touche vraiment.

Sincèrement,

R.B.


Madame, Monsieur,

La terre, me dites-vous? Elle vomit l’homme? Comment? Elle va en crever, la pauvre… Ils sont bien trop indigestes dans leur haine pour tout ce qu’ils ignorent… Leur talent est sans limite. Ils pourront encore faire toujours beaucoup mieux, se surpasser en ordurerie… Je ne vois pas de fin à leur effervescence.

Puis, ils trouveront toujours un bouc émissaire pour justifier les horreurs contre un et l’autre. Le faible est sa prédilection… Il peine à rendre coup pour coup. Il courbe l’échine et espère le loto. C’est sa vengeance! C’est son lot de croire en quelque chose de beau, ça le rassure dans son malheur. Un jour… Peut-être, il sera aussi.

Remarquez que je ne suis guère étonné de ce que vous me dites. Ça ne devait pas tarder, avec leur fission de l’atome, ils font déjà des merveilles en puissance! Un seul de ces trucs et il ne reste plus rien dans un rayon de dix kilomètres… Pensez donc, dans cent ans! Ils atomiseront le tour du globe, en un seul coup au but.

Alors, les rôles s’inversent? Faudrait m’en raconter plus, ici à Meudon, je ne sais trop rien quant à l’avenir. Le mien se limite à Lucette, ses cours… Mes bêtes. Puis mes chroniques, comme vous dites… J’en ai connais un bout sur les catastrophes, les horreurs… Je pourrais vous en dire, mais le temps me presse… Tout ça finira bientôt!

Mais vous avez raison, c’est qu’elle a bien souffert entre leurs mains, la terre… Violée! Labourée de bombes… Les animaux… Massacres par-dessus hécatombes, boucheries! Nettoyage! Tripe! Viande! Puis, je ne cause pas de leurs méthodes d’asservissements… Propagande! Télévision, c’est à l’infini et ce nouveau truc dont on me cause parfois, à Dialogus, à n’y rien comprendre… Le Net? Aucune chance!

Quand même, je voudrais bien voir ça… Le plaisir de sentir leur trouille s’imprimer sur leur tronche! Ah! Ce serait trop beau, douce consolation pour tout le mal qu’ils m’ont fait.

Louis-Ferdinand Céline

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