Dev'nez Sana!
       
       
         
         

lettenaire1@hotmail.com

      Cher Monsieur,

J'pensais à vot'blaze qu'vous fussiez une gonzesse. Santantonio m'a vite démenti à c'propos, c'dont j'lui suis reconnaissant.

À l'heure que j'parle, mon poteau Sana est allé serrer la pince à Saint-Pierre, et j'crois bien qu'il r'descendra pas avant belle burette. Il est clamsé, c't'une chose. Mais qu'j'puisse plus causer avec lui, c'est une autre. Alors j'voulais sollicituder vos services, vous qu'avez des tickets pour l'domaine du Bon Dieu. J'sais ben qu'en haut vous et lui êtes amis. Deux gonziers d'vot'trempe, ça s'reconnaît et ça se chérit de suite. Il m'a dit une fois qu'il vous d'vait beaucoup et qu'sa prose venait d'votre prose.

J'ai trouvé ça chié. J'étais foutrement ému. Il vous aimait, pas comme quand il tapait la motte d'une donzelle, mais comme un mètre à panser. J'sais pas trop combien ça fait en mètres de chez nous, mais croyez bien qu'il vous trouvait grand. Pour lui, pour moi, pour les Franchouillards orphelins, faites-nous-le revenir. Dites-moi comment qu'il va.

Alexandre-Benoît Bérurier

P.-S.: Vous avez j'estime toute la verve voulue pour prendre la place du grand commissaire San-Antonio. Céline vous a réussi. Je ne sais trop s'il est possible de parler en son nom sans l'accord de sa progéniture. Patrice Dard continue à faire vivre notre héros bien sûr... Mais pour des millions de Français, Sana est mort. Les nouvelles aventures n'ont plus la même saveur. Faute de pouvoir prendre la plume du commissaire, postez ce message chez Céline. Savoir ce que L.F. pense de Dard m'est précieux. Je vous remercie d'écrire ces excellentes pages.

Paul Lettenaire.

 

       

 

       

Louis-Ferdinand Céline

      Cher Monsieur,

Je vous remercie de votre bafouille, gentille et tout... Mais n'y peux que dalle... Voyez, c'est ce Dumontais, éditeur de ce foutoir, qui me transmet vos scribouillages, histoire de me faire une idée sur la gent de votre époque et de répondre gentiment, enfin, lorsque c'est possible.

Alors, malheureusement pour plusieurs de mes contemporains, je n'ai pas encore cassé ma pipe... Ne peux donc transmettre aucun message à Sana, à Judas, au curé d'Ars, à Marie-Madeleine où à qui que ce soit... Encore moins me métamorphoser...

Bien à vous,

Céline