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Céline

     
   

Comment vas-tu?

    Comment vas-tu, vieille branche?


Mal! Foutu depuis longtemps, je suis mal foutu depuis 14. La guerre! Une terrible blessure. Invalide à soixante-quinze pourcent! Paralysie! Insomnie! Vacarme d'une oreille à l'autre, sifflement en continu, un train en gare du Nord.

Puis l'Afrique et ses saloperies. L'humidité, horrible! Les parasites et je ne parle pas des hommes. C'est un cumul! La vie qui ne passe pas. Trop lourde. Assurément, ça ne passe pas. Puis la reguerre. Encore. La misère, la haine, les menaces. L'exil.

La traversée de l'Allemagne sous les bombes alliées. Des chapelets de bombes, une homélie de bons sentiments et de fureur. Le chaud et le froid. Le chaos! La faim! Berlin sous ses ruines. Même Bébert, y crevait de faim. Rien, sinon la mort. Toujours. Villes détruites, monceaux de cadavres. Sigmaringen et ses Français. En sursis. Pétain en son château. Troupeaux apeurés, résignés. Rendez-vous aux abattoirs de la liberté.

La fuite toujours, la peur et enfin le Danemark. Mais ça recommence. La prison, l'isolement, le dépérissement. Dix-huit mois et soixante-dix kilos de chairs et de dents en moins. Vous imaginez le résultat? La totalité? Un vieillard que je suis devenu, décharné! Et pas un de ces guignols qui parlait français. Infiltré de communistes n'attendant qu'à me livrer pour rigoler devant le peloton.

De tout cela, ce n'est plus qu'une carcasse désarticulée qui vous cause et n'aspire qu'à crever sans trop de douleurs. Oh! Rassurez-vous. Ça ne tardera pas, encore un peu de patience et ça viendra. C'est là. Je la sens. La nuit, elle me chatouille avec sa faux, c'est pour bientôt. Vous verrez, elle viendra aussi pour vous chatouiller les couilles. Un de ces quatre. Vous verrez, vous aussi. Qu'elle seule raconte la vérité.

Voilà comment je vais. J'agonise. Mais on trouve encore que je râle mal.


Céline