Lettre d'acceptation
de Louis-Ferdinand Céline
à l'Éditeur
       
       
         
         

Louis-Ferdinand Céline

      Cher ami.

Je suis victime de ma vulnérabilité, cher Monsieur Dumontais, voilà tout... Je suis victime de ma faiblesse envers votre gentillesse, votre amitié et votre compréhension pour le vieux solitaire que je suis devenu. Vos convictions altruismes et votre acharnement bienveillant à vouloir m'entendre m'ont profondément touché et convaincu de participer à Dialogue.

Mais, me justifier?... Faire le dos rond à l'histoire? Jamais! ... Il y a eu trop de haine autour de mon nom pour maintenant modifier l'Opinion à mon endroit. Vous avez sollicité un pestiféré, cher ami... Sur mon dos, lisez la marque de l'infamie, le poids de l'exil, de la prison et du bannissement. Depuis la parution du Voyage, on me hait. J'ai trop été marqué par la vie et trop longtemps honni pour quémander... Blessé de guerre, médaillé et invalide à 75%, je souffre de maux de tête persistants, d'insomnie, de constipation chronique et je ne parle pas du reste, la traversée de l'Allemagne sous les ruines et les bombes et cette terrible prison danoise... Dix-huit mois, monsieur, dix-huit mois au secret, sans accusation, sans rien que l'attente et l'angoisse d'être livré à mes bourreaux assoiffés de vengeance, tout ça m'a tué... Trop marqué par l'injustice des hommes pour modifier un iota de ma pensée et tenter de débaucher ceux qui me détestent... Je rage. J'écume. J'éructe... Jamais! Vous dis-je!

Céline