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Princesse un jour... |
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Vous êtes une princesse
devenue esclave. Or on naît princesse, alors que, bon, esclave on ne fait que
le devenir. Il est donc probable que, sous votre toge d'esclave, vous restiez
roide, droite, altière, fière, rétive. Troyenne, je crois même que vous
arrivez à faire sentir à ces petits Grecs trublions ce qu'ils sont: des
culs-terreux sans envergure historique réelle. Qu'en est-il, Cassandre?
Arrivez-vous, en vraie princesse de sang, en authentique aristocrate antique,
à transformer au quotidien vos maîtres en esclaves? Loic LeMesnil |
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Tu m’as bien fait rire, Loic
LeMesnil, en ce matin gris et terne. Les vieilles femmes à mon service se
sont approchées de moi et m’ont regardée en riant aussi. Elles ne m’avaient
jamais vue ne serait-ce que sourire! Et justement, tu sais ce qu’elles
disaient en hochant la tête avec vigueur et en me dévisageant avec bonté? «La
princesse est contente!» Et j’ai ri encore plus fort! Il est vrai qu’on peut me
réduire à l’esclavage en m’enchaînant, en me jetant des loques sur les
épaules, en me traitant comme une pauvre folle, mais on ne peut rien faire
contre le sang qui coule dans mes veines et ce sang-là en est un de
princesse. Agamemnon lui-même s’inclinait sans cesse devant moi durant la
longue traversée de la mer Égée. Et que dire de son épouse Clytemnestre? Elle
m’a emprisonnée, mais mes appartements sont aussi luxueux sinon plus que ceux
que je possédais dans la maison royale de mon père. Elle voudrait me
supprimer, mais elle a peur. Je suis princesse et prêtresse et elle n’ose
lever la main sur moi, ni même envoyer ses mercenaires pour le faire. À mon arrivée, le peuple de
Mycènes instruit que leur roi ramenait une esclave royale troyenne,
s’apprêtait à me huer et à me jeter leurs déchets domestiques, mais dès lors
où nous avons traversé la foule pour quitter le port, les hommes et femmes se
sont tus et m’ont observée avec déférence. Ils ne criaient plus, ils
restaient là, silencieux et pourtant bouche grande ouverte. J’ai gardé la
tête bien haute et n’ai point tremblé. Une fille de Troie ne baisse pas les
yeux devant la populace. Hier encore, la jeune Électre
est venue me rendre visite. De son front, elle touchait mes genoux et ses
larmes inondaient mes mains qu’elle baisait avec application. Tu as raison, ami, je suis
princesse et le resterai, mais dans cette vie, n’oublie pas que nous sommes tous
des esclaves. Nous sommes les serviteurs des dieux et notre vie n’est qu’un
long esclavage. Seule la mort peut me délivrer des chaînes de l’existence et
libérer mon âme de ce corps. J’aspire à cette liberté, Loic LeMesnil, plus
que tu ne pourrais l’imaginer. Ah! Si seulement les dieux
avaient la pitié de me transformer, à l’instar de Daphné, et que ma peau
devienne écorce et mes cheveux rameaux! Je te remercie de ta
sollicitude. Que la Grande Mère te
chérisse! Cassandre, née Alexandra |
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Bien, bien, bien... Ah! que je
me félicite de cela, Altesse, que c'est doux à mon oreille. Si je vous dis
qu'un jour, dans un futur lointain, les reines, les princesses, les
duchesses, la classe aristocratique au grand complet seront des quignons
picorés par les républiques, des clowns, des guignols, des amuseurs, de pâles
bateleurs, des bêtes étranges, marginales, méprisées, bousculées, anodines,
anonymes... cela vous fait quoi? Et je signe: Loic LeMesnil de Supervielle (Oui, je me décide enfin à
signer de mon nom complet, grâce à votre magie intemporelle, vénérable
Cassandre) |
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Joie, Loic LeMesnil de
Supervielle! Ta description de la royauté à
ton époque me fait effectivement penser à quelque chose. Pour cela, il nous
faut retourner aux belles années d'Ilion la Sainte. Le commerce florissant de
notre cité était dû principalement à notre emplacement, tu le sais probablement.
Situés en bordure de l'Hellespont, à l'embouchure donnant sur les eaux
infécondes du Pont-Euxin, nous profitions des vents contraires qui
repoussaient les navires dans notre port et immobilisaient les bateaux sur
parfois de très longues périodes de temps. Mon père, que son éducation
n'avait en rien préparé à porter le sceptre –il était le cadet de nombreux
fils– se reposait sur la vive intelligence de la reine, ma mère. Il jouait au
roi, comme le font les enfants. Le conseil des Anciens en faisait tout
autant. Ces Conseillers, dont les principaux débats se résumaient à des
paris, des jeux et des plaisirs de toutes sortes, n'étaient que de ridicules
pantins, destinés à poursuivre la tradition. Leur rôle s'arrêtait là. Bien
sûr, pour le peuple, rien n'est plus important que d'observer les parades de
la noblesse, mais lorsque je voyais mon père déambuler fièrement dans son
char, saluant la populace et lançant des présents, je ne voyais qu'un amuseur
public. Tandis que le véritable pouvoir, je le reconnaissais dans l'ardeur
que mettait ma mère à gérer le royaume. Je suppose que viendra un
temps où les hommes ne se suffiront plus de parades et d'illusions… Cela ne
peut être totalement une mauvaise chose, qu'en penses-tu, ami? Cassandre, née Alexandra |
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Je m'incline, Altesse, je
m'incline. Grand merci. Loic LeMesnil de Supervielle |
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