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Chère Cassandre,
Voici une lettre que je vous adresse avec
l'espoir que vous m'apporterez quelques réponses. Suite à la
malédiction vous ayant condamnée à ne plus être crue par les hommes,
quel sentiment avez-vous ressenti et comment, Cassandre, avez-vous
surmonté cette épreuve?
Ces questions m'ont toujours
tourmentée car je sais combien il est difficile d'être remise en cause.
De plus je m'étonne que vos contemporains n'aient pas perçu la véracité
de vos propos malgré la réalisation de plusieurs autres prédictions
elles aussi dénigrées par le passé. Il eût été avisé de vous prendre en
compte à la chute de Troie. Certains textes rapportent que vous
sombrâtes dans la folie... Peut-on leur accorder crédit?
En vous remerciant d'avance de votre réponse, votre admiratrice,
Léa
Projet scolaire collège Montaigne (37)
Paix et joie, Léa!
Cette malédiction que tu évoques, elle a
toujours trôné au-dessus de ma tête comme un énorme nuage noir,
assombrissant chacun de mes espoirs de sauver mon peuple. J’ai
longtemps pensé devenir folle, comme tu le dis, mais la raison ne
s’effrite pas aussi facilement. Autrefois, lorsque j’avais des visions,
les hommes les qualifiaient de délires, car ils craignaient beaucoup
trop que tout cela ne soit vrai. Ma «folie» les protégeait du sombre
avenir que je leur prédisais. Ils m’ostracisaient pour tenir loin d’eux
cette vérité qui les terrifiait, mais les désirs n’ont jamais modelé la
réalité et les murmures des dieux coulant par ma bouche ne mentaient
pas: ma belle et grande cité devait périr par les flammes. À ce
moment-là, il était beaucoup trop tard pour m’écouter.
Et
aujourd’hui, je sais qu’il était déjà trop tard avant même que le
premier Hellène ne pose le pied en Troade. La fatalité existe, elle a
enserré ses doigts glacés autour de notre gorge et nous a privés de
notre souffle de vie.
J’ai ressenti beaucoup d’impuissance, de
tristesse et, je l’avoue, de la colère, ainsi que l’envie de fuir aussi
parfois. Seulement, ce peuple qui croyait si fort en sa grandeur et en
son invulnérabilité, ce peuple qui me crachait son incrédulité au
visage, comment aurais-je pu l’abandonner, alors qu’il m’avait mise au
monde, qu’il avait couvé chacun de mes pas? Ma fidélité à ma cité
l’emporta et si elle m’a menée aux portes du séjour des morts, au
moins, elle m’a libérée des regrets que j’aurais aujourd’hui si je
m’étais comportée avec couardise. Je meurs, amie, mais avec l’assurance
de pouvoir garder la tête haute devant mes juges.
Que la Grande Mère te protège!
Cassandre, née Alexandra
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