|
|
||
|
daisy+dialogus2.org |
||
|
Vie privée |
||
|
Après le visionnement du film, plusieurs questions sont restées
sans réponse. Qui était le fameux Jack qui partageait la vie de
Truman? Et j'aimerais en savoir plus sur Nelle, celle qui pouvait
lui dire ses quatre vérités?
Merci. Daisy Chère Daisy, Je vous remercie de votre message, que je viens de trouver dans ma boîte aux lettres à mon retour de Californie. Jamais je n'aurais dû quitter New York, cet iceberg en diamant posé sur les eaux de l'Hudson. La Californie me tuera, si j'y retourne, cet état est épuisant de chaleur, de vulgarité, si vous saviez comme je le déteste! Vous me demandez qui est Jack, l'homme qui partage ma vie. Eh bien, c'est une longue histoire, elle a débuté en 1947. Jack Dunphy était danseur, il avait notamment eu un petit rôle dans Oklahoma, la comédie musicale. Marié à Gloria, j'étais fou de lui sans jamais l'avoir rencontré, j'avais juste vu des photos de lui et j'en étais sacrément mordu. Un ami commun nous a réunis et j'ai invité Jack à déjeuner. Voilà, cela s'est passé comme ça, Jack et moi avons fait l'amour et nous ne nous sommes plus quittés. Bien qu'il ait quitté Gloria pour moi, il a toujours entretenu avec son ex-épouse d'excellentes relations, je lui ai d'ailleurs dédié une de mes nouvelles, Un Noël. Jack et moi nous complétions parfaitement bien, il était l'ombre lorsque j'étais la lumière, il était l'eau lorsque j'étais le feu, il était le privé lorsque j'étais le public. Écrivain, il aimait les mots. Je parle de lui au passé, non pas qu'il soit décédé, mais depuis 1979, Jack et moi ne nous voyons pas beaucoup. Cinq ans déjà sans lui, à dériver d'amant en amant, de pique-assiette en crétin notoire. Jack me manque: il vit toujours à Sagaponak, dans l'une de nos deux maisons. Pour ne pas nous gêner, j'avais acheté deux maisons voisines à Sagaponak, l'une pour lui, la seconde pour moi. Nous étions toujours ensemble, mais nous avons toujours eu la possibilité de respirer chacun de notre côté. Jack détestait la foule, les personnalités, il était tout sauf un mondain. A plusieurs reprises, alors que j'avais invité des gens formidables (M. et Mme Gregory Peck, Marilyn Monroe et Arthur Miller, par exemple, il disparaissait dès qu'on entendait le crissement des pneus de la voiture dans l'allée. Il disparaissait littéralement: pendant deux, trois, quatre jours parfois, il partait ailleurs respirer, promener le chien. Il détestait par-dessus tout que j'invite des gens sans lui en parler. Il se sentait piégé et cela le mettait dans des colères folles. Jack a été l'amour de ma vie. Il était hétérosexuel lorsque je l'ai rencontré. Jamais il n'aurait dû être à moi: mais souvenez-vous bien de ceci. Lorsque vous voulez quelque chose au point d'y consacrer 24 heures sur 24, tous vos souffles de vie, toute votre énergie, toute votre vie, si vous voulez vraiment quelque chose, et que vous faites tous les efforts, et bien, vous l'aurez. C'est à l'usure que j'ai eu Jack, parce que je le voulais plus que tout, malgré sa femme, malgré son hétérosexualité. Et ça a marché! Mettez cette recommandation en oeuvre, vous verrez, vous aurez des résultats inespérés. Vous me demandez qui est Nelle. C'est là aussi une longue histoire, quoique différente de celle qui me lie à Jack. Nelle est une enfant du sud, de l'Alabama, nous avons été amis dès l'enfance. Nelle Harper Lee. Avez-vous lu son merveilleux roman, To Kill a Mockingbird? Elle a fait de moi l'un de ses personnages centraux, Charles Baker Harris, plus connu sous le sobriquet de «Dills». Ce personnage est le troisième côté d'un triangle de rêve, et ce roman est un chef-d'oeuvre. Nelle ne travaillait pas en 1959 lorsque j'ai décidé de me rendre au Kansas pour enquêter sur le meurtre des Clutter, je lui ai proposé de m'accompagner. Elle a cru tout d'abord qu'elle serait mon Watson pendant que j'effectuerais quelques tours à la Sherlock Holmes. Mais elle a été bien plus que ça, mon support dans les moments difficiles, mon guide lorsque mes pieds ne savaient plus où se diriger, mon énergie lorsque mon corps parfois se laissait aller à la fatigue. Sans Nelle, mon roman n'aurait jamais été ce qu'il est, il n'aurait jamais été achevé à temps et il ne serait jamais devenu ce qu'il est. Je dois beaucoup à Nelle, qui ne sait pas à quel point je l'aime et l'admire. Nelle se permettait effectivement régulièrement de me dire ce qu'elle avait sur le coeur et de me parler franchement. C'est peut-être la seule qui l'ait jamais fait, et comment lui en vouloir? Elle a eu le rôle de Jimmy Cricket et il ne doit pas être aisé d'avoir à faire à Truman Capote. Qu'elle me pardonne! Nelle est une partie de mon âme, elle compte beaucoup, beaucoup. J'espère avoir répondu à vos questions~: n'hésitez pas à revenir vers moi, je vous répondrai avec plaisir. Cordialement, Votre Truman Capote |
|
|
|