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maryedegueldre+skynet.be |
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Miss Monroe |
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Bonjour monsieur,
Je ne vous connais pas bien, juste de nom. Par contre je suis une grande admiratrice de Marilyn Monroe, quels étaient vos rapports? Merci de votre réponse, Bien à vous, Marye Degueldre Bonjour Marye, Merci de votre lettre concernant Marilyn Monroe. Quel destin extraordinaire que celui de cette merveilleuse actrice, qui réussit à imposer son prénom comme une image de marque. Dites: «Marilyn», et tout le monde sait de qui on parle. Pas besoin de nom de famille, le prénom est devenu l'artiste tout entier... C'est tellement rare... Peu y sont parvenus: Elvis, Jésus... Tiens, c'était quoi, le nom de famille de Jésus, d'ailleurs? Vous vous demandez quelles étaient mes relations avec Marilyn? Oh, beaucoup de gens seraient jaloux de ces relations... Imaginez: John Huston, qui était mon ami, avec qui je travaillais pas mal, me présente au début des années 50 une petite fille blonde bourrée de sex-appeal, qu'il me présente comme étant «Marilyn Monroe». Cette gamine du sud, de l'Alabama, comme moi, est issue d'un milieu modeste, comme moi, elle n'a pas de vie familiale stable, comme moi, elle a souffert d'une enfance sans parents, comme moi, et elle veut dévorer la vie parce qu'elle est ambitieuse... comme moi! Comment deux êtres frêles aussi semblables pourraient-ils passer à côté l'un de l'autre sans voir leurs vies se télescoper? Courant 1956, je revois Marilyn, elle dîne au restaurant avec Arthur Miller, qu'elle va épouser. De leurs yeux émane une aura purement sexuelle (pour Marilyn, l'amour et le sexe étaient indissociables) et loin de m'exciter, cette situation me laisse à penser que le grand Arthur Miller est mourant, non pas physiquement, mais artistiquement. C'est la mort d'un auteur dramatique, que ce mariage va épuiser et assécher comme un vampire aspire tout le sang de sa victime jusqu'à la mort. Marilyn n'a pas été une réussite dans la vie de Miller, à mon avis. Malgré tout, je la vois régulièrement, on sort danser ensemble, elle la somptueuse et moi le nabot, elle le sex-symbol et moi, l'auteur homosexuel. On nous photographie au Morocco... À cette époque, je songe à elle pour incarner Holly Golightly dans la version filmée de Petit-déjeuner chez Tiffany (je crois que le film s'intitule Diamants sur canapé en français). Blake Edwards, le réalisateur, et les grosses têtes de Hollywood, s'y opposent, Marilyn ne ressemble pas à mon héroïne, dit-il. Foutaises! On m'impose Audrey Hepburn, que j'adorais, mais faite pour le rôle de Holly comme moi j'étais fait pour entrer dans les ordres... Le film est un désastre, et Mickey Rooney y est pour beaucoup. Mais cela est une autre histoire... D'année en année, mon histoire avec Marilyn s'étoffe, même si on ne se voit pas beaucoup et pas longtemps. J'écris sur elle, A beautiful child, un portrait délicat qui a été traduit par Une enfant radieuse en français. Marilyn était fascinante, pas belle: radieuse. Elle rayonnait, même dans la détresse, même dans les larmes, elle avait cette aura que je n'ai jamais retrouvée. Pendant l'été 1962, je la revois encore, elle est radieuse, elle est belle, elle a perdu pas mal de poids et se prépare à tourner avec George Cukor. Jamais elle ne m'a paru aussi heureuse. Elle a même perdu cette sale habitude qu'elle avait de glousser bêtement. Le film va être un triomphe, jamais Marilyn n'a été aussi sensuelle. En août 62, j'apprends l'horrible nouvelle. Je me retrouve, avec des dizaines d'autres, au crématorium. Ma peine est indescriptible. Marilyn s'en va, entourée d'un dernier mystère, d'un dernier scandale. Elle aurait pu me téléphoner ce soir-là, mais j'aurais été trop saoul, ou trop drogué, pour lui être utile. Elle m'aurait peut-être entraîné avec elle... Le clan Kennedy, pour l'avoir fréquenté de très près, de l'intérieur, intimement, n'est pas très net, mais ils ne l'ont pas fait assassiner, elle s'est vraiment suicidée, j'en suis sûr, mais ça n'est que mon avis là aussi. Toutefois, je suis tellement triste de sa mort que je ne veux pas enquêter sur Marilyn. J'ai perdu une amie fantastique, que je voyais peu, mais avec qui j'avais des liens intenses. Je suis heureux du portrait que j'ai réalisé d'elle. Parler d'elle me flanque le cafard, tiens... Aussi je vous laisse et vous salue, bien cordialement, Truman Capote Bonjour, Je vous remercie de votre réponse monsieur. Comment pouvez-vous être si certain qu'elle n'a pas été assassinée? Merci de votre réponse. Marye Bonjour Marye, Je vous remercie de votre réponse. Comment suis-je sûr que Marilyn n'a pas été assassinée? Je ne sais pas, l'intuition, je la connaissais trop bien et je sais qu'elle s'est mise à mort, pour des tas de raisons que l'on ne peut que tenter de deviner. Comment expliquer ça? Je l'ignore, cela tient plus du pressentiment que de la preuve. Je ne crois pas que les Kennedy l'aient assassinée ou fait assassiner, et je ne crois pas plus aux services secrets. Marilyn a craqué et malgré les indices bizarres (le coup de téléphone, les vêtements, la nudité, la quantité phénoménale de barbituriques ingurgités, etc.) je sens qu'elle s'est tuée, seule, solitaire, triste, cassée, brisée. Je ne sais que vous dire de plus... C'est la première fois qu'on me demande de m'exprimer à ce sujet, c'est à la fois très vieux et très douloureux, aussi, je préfère ne pas réveiller les vieux démons. Me le pardonnerez-vous? Cordialement, Votre Truman Capote |
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