A.K.
écrit à

   


Truman Capote

     
   

Assassinat

    Bonjour,

Je suis très heureuse de vous trouver sur ce site mais en lisant vos messages, j'ai appris que vous étiez sûr du suicide de Marilyn Monroe. Comme elle est mon idole, je lui ai consacré beaucoup de temps, et je lui en consacre toujours. Après avoir lu quelques livres sur elle, entre autre «Enquête sur un assassinat» de Don Wolfe, je suis presque sûre que sa mort n'était pas un suicide. Je vous en conseille la lecture (il y a également des photocopies de documents importants comme la fiche de son autopsie). Elle était apparemment arrivée à un tournant, et voulait changer. Trop grande coïncidence, du moins pour moi...

Avec mes sentiments et mon admiration,

A.K


Chère A. K.,

Je vous remercie de votre lettre. Lorsque je parle du «suicide» de Marilyn, je veux dire qu'elle a, toute sa vie, construit sa mort en devenant droguée et alcoolique. Elle s'est tuée à petit feu, elle a fait du suicide un art. Le suicide érigé en art, c'est exactement ça. Certes, elle n'a pas empoigné un révolver pour se faire sauter la tête, elle ne s'est pas ouvert les veines. Elle a affaibli son organisme à force de drogues et d'alcools, et en ce début d'août 1962, elle était physiquement épuisée, et son corps n'a pas résisté à une nouvelle surdose. Tel est mon avis, je connaissais bien Marilyn. Ma mère a construit son suicide de la même manière, à ce détail près qu'elle a avalé un tube de barbituriques un soir, hâtant ainsi le processus de destruction. Moi-même, je me suicide depuis vingt ans à l'alcool et aux pilules. Pourvu qu'elles aient de jolies couleurs, j'avale n'importe quoi, avec de grandes rasades d'alcool. Je ne me suicide pas, mon autopsie ne dira pas que j'ai mis fin à mes jours, elle conclura à un arrêt cardiaque, mais cet arrêt cardiaque, je l'aurai entretenu, nourri, élevé, à force d'alcools et de drogues. J'ai choisi ce départ, comme Marilyn, à mon avis, l'avait aussi choisi. Pour ce que mon témoignage vaut...

Bien à vous,

Truman