Roméo, ton véritable amour |
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| Chère Juliette, Il y a une question que je me pose depuis longtemps: comment as-tu su que Roméo était ton véritable amour? Tu ne le connaissais pas et pourtant, tu savais que tu l'aimais. Merci beaucoup de me répondre! Valérie |
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| Bonjour Valérie, Tu poses ici une des questions les plus anciennes concernant les affaires de l'amour: comment aime-t-on sans connaître? J'ai envie de répondre: puisque cela arrive tout le temps, pourquoi poser la question? Mais je vais réprimer cette envolée taquine et m'expliquer au mieux, à l'aide d'un détour. Oublions Roméo une seconde. Prenons le comte Pâris. Pâris est l'homme tendre et respectueux que mes parents voulaient me faire épouser. Il est le premier homme à m'avoir fait l'amour. Et, Valérie, il m'a traitée comme une reine. Il était impeccable. Le charme et l'intelligence fait homme. Une perfection de douceur et de gentillesse. Après notre étreinte, qui fut on ne peut plus satisfaisante, Pâris m'a pris pantelante dans ses bras et m'a dit tendrement: «Juliette, je vous aime». Je n'oublierai jamais le petit serrement de mon coeur à cet exact instant. Je ne connaissais pas encore Roméo à ce moment là, et pourtant j'ai répondu, dans un soupir triste, à cet homme que je me croyais vouée à convenablement épouser: «Comment pouvez-vous croire m'aimer? Vous ne me connaissez même pas!» Intéressant quand même, non? En plein la question que tu poses! Et je comprends maintenant pourquoi elle a jailli de mon coeur dans les bras de Pâris: C'EST QUE C'EST LA QUESTION QU'ON POSE QUAND ON N'AIME PAS, C'EST LE SYMPTÔME CRIANT DE L'INEXISTENCE DU SENTIMENT D'AMOUR. La question que tu soulèves ne prend son importance réelle que quand il y a ABSENCE D'AMOUR. Elle requiert le vide qu'elle postule inévitablement puisqu'elle le comble par une recherche. Je veux dire par là que cette question cherche à combler par une compréhension diligente, respectueuse et attentive -une compréhension de tête- le vide cruel des sentiments pour un ami ou un inconnu trop assidu mais qu'on respecte quand-même... Or, quand l'amour est là, la question «aimer sans connaître?» n'a plus aucun sens. Roméo, amant fou, fougueux et sauvage, est beaucoup moins habile que Pâris pour faire l'amour à une femme... Pourtant quand il m'a prise, j'ai explosé comme un fruit frais qu'on croque en été. Jamais la question «aimer sans connaître?» n'est sortie de ma gorge quand je griffais le dos de Roméo en me tordant dans ses bras. Il ne pouvait jaillir de la susdite gorge que des cris passionnels tandis que mes yeux se poissaient des larmes d'une émotion irrépressible et infinie. Sans réfléchir et sans poser cette question lui non plus, Roméo a fait de moi une folle, une folle en cheveux. Et, encore folle, je t'assure que je n'ai vraiment que faire de «connaître», «comprendre» ou «réfléchir»... Je me fiche éperdument de ne pas «connaître» Roméo. J'en crève de l'aimer et c'est tout. C'est incompréhensible, mais c'est un fait. Je suis désolée de ne pas pouvoir m'en expliquer mieux. Il faut vivre cette fureur pour en voir l'incommensurable clarté. Connaître n'est rien, aimer est tout mais pour que cela soit, il faut qu'on aime... Amicalement, Juliette |
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| Chère Juliette, Je vous remercie grandement de m'avoir répondu! Vos explications sont très claires et j'apprécie vos conseils. Je dois avouer que votre histoire avec Roméo est celle qui m'a fait le plus rêver. On doit vous le dire souvent! Suite à ma première question, j'aimerais vous en poser une deuxième: bien avant de connaître Roméo ou le comte Pâris, aviez-vous déjà rêvé au prince charmant que vous alliez rencontrer un jour? Roméo correspond-t-il aux critères que vous vous étiez faits? Merci beaucoup de prendre le temps de lire mes questions. Au plaisir de lire votre réponse, Valérie. |
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| Non, Valérie, aucunement. Avant que mes parents ne m'imposent le comte Pâris comme futur époux, j'étais folâtre, insouciante et ne pensais pas spécialement aux hommes. Je te rappelle que je n'ai jamais que quatorze ans. J'allais au concert, à la baignade, je tissais des couronnes de roses. Je dormais nue et en cheveux, mais c'était plus pour profiter de la douce moiteur de l'été que par ardeur sensuelle. Pâris m'a approchée doucement, comme on approche un fauve. Il m'a instruite des mystères de la féminité adulte et je l'ai suivi dans ce monde, docile, soumise, obéissante, respectueuse. Le tout se vivait en toute rectitude, mais sans joie. C'est une question importante qui tu soulèves ici, Valérie. Je sais que beaucoup de jeunes femmes ont de ces rêvasseries prospectives sur leur futur homme. Moi pas. Je ne me vouais pas spécialement à ces questions de la chair et du coeur. Je me laissais mollement porter par mon devoir d'enfant Capulet obéissant à l'ordre du père. Pâris n'a pas abusé de la situation. Ah, lui, il voyait clair. Quand Roméo a tombé le masque ce soir-là, tout a volé en éclats. Mon absence de vie antérieure s'est pulvérisée. Ma vraie vie a débuté à ce moment exact. Le reste ne m'est rien. Ni fait, ni rêve, ni aspiration. Rien. Juliette |