Chère Juliette! |
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| Bonjour, Je me nomme Julie Deveault. Je vais au collège Regina Assumpta. J'ai une très importante question pour vous. Je me pose cette question depuis que j'ai vu le film qui raconte votre histoire. Ma question est bien simple: quelles idées vous sont venues à l'esprit lorsque vous avez vu Roméo se tuer juste à côté de vous? Merci d'avance pour votre réponse. Julie Deveault |
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| Bonjour Julie, Tu sembles faire référence à des événements futurs de ma vie et ce, dans une des versions de mon existence. Tu comprends que, comme je suis un personnage de fiction ayant accédé à une dimension mythique, il y a un grand nombre de présentations de mon sort qui sont proposées. Comme il s'agit ici pour moi d'événements futurs de ma vie effective, je vais te répondre en prospective plutôt qu'en rétrospective. Je dois, avant tout, faire observer que ton temps semble se faire une conception beaucoup plus tragique et catastrophique de la mort que le mien. Dans mon temps, les enfants meurent en bas âge, les femmes meurent en couche, il y a des razzias, des épidémies, des escarmouches dans les rues de Vérone, des règlements de compte, des vendettas innombrables, des accidents malheureux de toutes natures et des suicides. La mort est proche de moi par réalité usuelle. Elle est aussi proche de ma conscience depuis que je suis amoureuse de mon ennemi, Roméo Montagu. Je sais qu'on va l'attaquer, je sais que des menaces ont jailli sur son compte et sur le mien, je sais que je ne peux vivre sans lui. Toutes les possibilités de combinaisons de sort sont donc bien disposées dans mon esprit. C'est la conscience qui accompagne implacablement l'impuissance. Je regarde toutes ces éventualités aussi froidement les unes que les autres. L'une d'entre-elles est que s'il meurt, je me tue. Il est donc clair que si je le vois occis près de moi, je m'occirai aussi. Je procéderai alors calmement, froidement, de préférence avec la même arme que lui, pour que son sang pénètre en moi au moment ultime. Je me frapperai alors sans peur de ce trait. Si on me représente pleurnichant, trépidant et paniquant en ce geste suprême, ce sera une version inadéquate de mon sort. La seule idée qui obnubilera mon âme au moment fatal sera la suivante: Tant pis pour la vie. Sans Roméo, il n'y a plus de vie. Juliette Capulet |