Extraverti?
       
       
         
         

Claude.Schertzer@wanadoo.fr

      Ave!!!

Je m'appelle Géraldine et je fais du latin depuis 1 an. Nous avons parlé de vous et Suetone vous a décrit comme un homme extraverti. Pourquoi? L'étiez-vous vraiment?

Merci de votre réponse.

Géraldine
         
         

Caligula

      Gaius à Géraldine, salut.

Extraverti donc... oui, pourquoi pas. Je ne trouve pas ce terme péjoratif. J'ai toujours aimé m'amuser, me déguiser, faire l'idiot et plaisanter, comme tout jeune homme de mon âge, et les anciens ne voient pas cela d'un très bon oeil, semble-t-il. Surtout lorsqu'il s'agit de quelqu'un dans ma position. Ils voudraient que je me comporte comme un homme politique de 60 ans alors que je n'en ai même pas la moitié. Mais, tu sais, lorsque mon arrière-grand-père Marc Antoine avait mon âge, il y a fort à parier que beaucoup de vieux Romains disaient déjà «il n'y a plus de jeunesse! Ils ne respectent plus rien! Où va le monde?» Et peut-être dirai-je cela moi aussi lorsque je serai grand-père en parlant de mes petits-enfants. Sais-tu que je viens d'avoir une fille? Elle s'appelle Drusilla. Excuse-moi de changer de sujet mais cela me rend tellement heureux d'être père... Quant à ce Suétone, je n'en ai jamais entendu parler ni mes amis non plus. D'où sort-il, cet homme qui se permet de me juger alors qu'il ne m'a jamais rencontré?

Porte-toi bien et reçois mes plus sincères encouragements pour l'apprentissage de notre belle langue. Elle te sera utile pour te faire comprendre à travers le... comment vous dites, vous, déjà? «l'empire», je crois.

Que les Dieux te protègent, gentille Géraldine.

Gaius
         
         

Claude.Schertzer@wanadoo.fr

      Je te remercie pour ta réponse. Quand jai dit extravertie je ne pensais pas vraiment à ce que toi tu pensais. Suetone ajoute que tu n'étais pas digne d'être un Romain. Moi personnellement je trouve ça pitoyable. Toute personne a le droit à la liberté d'expression et si ça ne lui plaît pas ça m'est égal. Si vous vous sentiez bien dans votre peau vous pouvez faire ce que vous voulez. La langue latine est guère très facile pour moi, je préfère la civilisation. Au fait FÉLICITATIONS pour votre petite fille et dites-lui toute la chance de vous avoir comme papa.

Amicalement,

Géraldine
         
         

Caligula

      Voilà une lettre adorable à la lecture de laquelle on ne peut être que profondément ému. Je regrette de ne pas mieux connaître ta langue et de ne pas être aussi bon écrivain que mon père Germanicus pour pouvoir composer quelques vers à ta candeur et à ta gentillesse.

Porte-toi bien, douce Géraldine, et reçois mon affection à défaut de mes poèmes.

Gaius
         
         

Claude.Schertzer@wanadoo.fr

      Je te remercie pour m'avoir répondu. À défaut de poème que moi-même je ne peux écrire je te souhaite beaucoup de bonheur et une belle vie.

Bien sûr il est dommage que là où tu es je ne puisse te rencontrer car tu m'as l'air très sympathique et malgré que pour moi le latin est une langue très difficle et qui ne m'intéresse en rien, je peux te dire que ton histoire me plaît énormément et jaimerais que tu m'en racontes un peu plus.

Amicalement,

Géraldine
         
         

Caligula

      Gaius à Géraldine, salut.

Par où commencer?

Par le commencement, ce serait une bonne idée, je crois... Excuse la tournure peu conventionnelle de mes phrases mais je n'ai pas une parfaite connaissance de ta langue et je déteste les lettres trop officielles. En fait, je déteste écrire tout court... la seule chose que j'exècre autant que les sénateurs véreux sont les écrivains pédants. Bref...

Je suis né à Antium sous le consulat de... ah non, excuse-moi, il faut que je te donne une date que tu comprennes. Où ai-je mis cette tablette de concordance des dates? La voilà! Je reprends: je suis né à Antium, à quelques... kilomètres? C'est comme ça que vous dites? de Rome. C'est une petite ville en bord de mer, de ces havres frais et idylliques où nous autres Romains nous rendons lorsque la chaleur commence à écraser la ville. J'y ai vu le jour le XXXI août de l'an XII (j'espère que je ne me trompe pas dans vos dates...). Je suis le fils de Germanicus, grand militaire, petit-fils de Marc Antoine et d'Agrippine, petite-fille du divin César Auguste. Nous étions neuf enfants, trois qui sont morts en bas âge, trois filles plus jeunes que moi, dont ma bien-aimée Drusilla qui m'a quitté il y a peu, et trois garçons, dont il ne reste que moi.

J'ai passé mon enfance avec mes parents, souvent dans les camps militaires de mon père, en Germanie, en Égypte, en Grèce et en Italie. Étant un grand personnage de l'empire, il voyageait beaucoup et m'emmenait partout avec lui. Il est mort d'une très grave maladie en Orient lorsque j'avais VII ans et j'ai eu beaucoup de mal à supporter sa perte. Lorsque j'eus XVI ans, on m'envoya vivre chez mon arrière-grand-mère Livia, ma mère devant s'occuper de la carrière politique de mes aînés. J'y restai à peine un an car elle mourut et ce fut ma grand-mère paternelle Antonia qui nous recueillit, moi et mes soeurs. J'y restai jusqu'à l'âge de XVIII ans avant d'être appelé par mon grand-oncle Tibère en Campanie. Ma mère et mes frères moururent de façon horrible durant ce séjour, victimes d'un complot politique et je t'avoue que je m'attendais à être le prochain sur la liste, étant le dernier fils de Germanicus encore en vie. Ce qui me sauva fut que Tibère mourut et que j'étais le seul descendant de Germanicus en âge de le remplacer mais il s'en est fallu d'un cheveu que je ne finisse avec un couteau dans les côtes ou une dose de poison dans ma coupe.

Je pris donc la place de Tibère à XXV ans mais ce n'était vraiment pas facile. Je n'avais pas été préparé à de telles responsabilités et je voulais m'occuper de tout. Le résultat en fut que je tombai gravement malade au bout de VI mois de frénésie et faillis y laisser la vie. Les partisans de mon cousin Gemellus en profitèrent pour essayer de faire valoir ses droits, me condamnant ainsi à une mort certaine, si bien que je n'eus bientôt d'autre choix que de le supprimer. Mais d'autres malheurs marquèrent le début de mon principat: ma grand-mère Antonia, la seule en qui j'avais réellement confiance, mourut, ainsi que ma soeur Drusilla. Aujourd'hui, je n'ai pour toute famille proche que mes deux autres soeurs: l'aînée, Agrippine, a essayé de me supprimer pour faire de la place à son fils et la cadette qui obéit en tout à la précédente. Je les ai envoyées en exil doré sur une île il y a peu, n'ayant pas le courage de les mettre à mort. Après tout, ce sont mes soeurs... j'espère que ce séjour loin de Rome les calmera un peu.

Il me reste aussi mon oncle Claude, le frère de mon père, un homme très intelligent et que j'aime beaucoup même si je m'amuse souvent à lui faire des farces plus ou moins méchantes, ma femme chérie et ma petite fille Drusilla, née en Gaule il y a peu. Rajoute à cela quelques cousins insipides et voilà mon restant de famille. Alors je compense avec mes amis. Beaucoup voient cela d'un mauvais Fil parce que la plupart ne fait pas partie de la noblesse romaine mais tant pis. Tous aimeraient me voir batifoler avec des gens de ma condition mais je n'arrive pas à oublier que ce sont ces nobles qui ont assassiné ma mère, mes frères et détruit ma famille. J'aime la simplicité des cochers, la magie des acteurs, le charme des danseurs, la tendresse des soldats, qui m'ont connu petit garçon, et gentillesse des gens du peuple. Bien entendu, il y a aussi de très nobles Romains parmi mes relations proches, mais ils sont loin d'être en majorité. Il paraît que cela fait de moi quelqu'un d'anormal, de curieux voire d'indigne. Si être normal signifie ne pas rire en public, ne pas danser, ne pas donner d'avis qui puisse choquer l'aristocratie, mépriser tout ce qui n'est pas romain, cacher ses turpitudes et ses vices dans l'intimité de sa maison en affichant une rigueur irréprochable à l'extérieur, ma foi, je prie les Dieux de rester toujours anormal.

«Contrôle tes colères et tes pulsions» disait mon père à ma mère. «Fais ce que tu veux en privé mais, en public, tiens ton rang comme on l'attend de quelqu'un dans ta position». Elle n'y est jamais arrivé et moi non plus. Tu vois, j'ai de qui tenir.

Voilà, je pense que l'on a fait le tour du «monstre». Déçue n'est-ce pas? Oh! Bien sûr, j'ai fait quelques bêtises et pas mal d'erreurs, mais ce n'est pas tant ces broutilles qui ennuient ceux qui aimeraient me voir mort et incinéré que ce que je suis, moi, Gaius. Je ne désespère pas de voir un peu évoluer les mentalités, ceci dit. Il faut laisser du temps au temps mais la patience est une qualité qui me fait défaut, malheureusement. J'aimerais que tout aille vite! Les gens réfléchissent trop. Je rêve d'une Rome où je n'aurais plus à compter avec des sénateurs pour prendre une décision, où l'on ne sera plus frappé d'infamie parce que l'on monte sur une scène, où je pourrais m'habiller comme je l'entends, dire ce que je veux, faire l'amour avec un homme sans que l'on me pointe du doigt et crier à tue-tête durant les courses de chars sans que l'on vienne me tancer pour que je surveille mon langage. Être libre de décider et d'agir. Certes, c'est du despotisme. Mais qu'est-ce qui est préférable? Un homme seul qui agit pour le bien de tous ou quelques centaines d'hommes qui agissent dans leur propre intérêt?

Je te laisse avec cette réflexion, gentille Géraldine, et une prière aux Dieux pour qu'ils veillent sur toi.

Gaius
         
         

Claude.Schertzer@wanadoo.fr

      Ton histoire m'a beaucoup aidée à te comprendre et à voir quel a été ton véritable destin. Je vois qu'en fait le «monstre» comme ma prof de latin t'a décrit n'est qu'une personne simple et joyeuse. Vois-tu, je t'admire pour ce que tu fais de ne pas accepter ce que les autres te disent de faire.

Je t'admire aussi parce qu'on se ressemble énormément. J'ai le caractère de ma mère, je n'aime pas me faire dicter ma conduite mais étant fille d'une famille nombreuse que tout le monde admire, je n'ai que le choix de rester polie et faire la gentille fille devant tout le monde comme on te l'impose à toi.

Je comprends mieux pourquoi on disait que tu étais farfelu. On dit que pour avoir une vie rêvée, il faut faire ce que son coeur te dicte et je pense que la personne qui a dit ça a raison. Ma foi dans ton histoire tu as eu peu de chance et beaucoup de malheurs. Moi-même j'ai une soeur que j'aime vraiment, elle est plus grande que moi, mais je sais que je pourrai toujours compter sur elle. J'ai aussi deux frères que je ne vois jamais. Ils sont aussi plus grands, mais n'ont pas l'intelligence de venir me voir ni même de me contacter. Cela me rend triste mais je vis avec.

Par chance j'ai de super parents qui m'aiment et une soeur bien que parfois très chiante, elle est toujours là.

Voilà, je t'ai un peu expliqué ma vie pour que tu voies que même en 2001, la vie est presque la même qu'à ton époque, bien sûr les complots n'existent pas, mais la vie est la même.

Il y a une chose que je tenais à te dire, j'ai réussi mon certificat d'excellence en langue allemande. Je suis fière de pouvoir te le dire.

Affectueusement,

Géraldine

Le bonjour à ta femme et à ta fille
         
         

Caligula

      Gaius à Géraldine, salut.

Je ne sais pas ce qu'est un «certificat d'excellence» mais je soupçonne au vu du qualificatif, que ce doit être un titre honorifique. Le mot «allemande» m'échappe aussi. Est-ce en rapport avec notre «cursus honorum»? Les femmes peuvent donc prétendre à une carrière honorifique, chez toi? Voilà qui ferait beaucoup jaser à Rome! Quoi qu'il en soit, je t'en félicite. J'ai transmis tes salutations à mon épouse, qui t'en remercie. Ma fille, quant à elle, a émis un petit gazouillement que je soupçonne vouloir dire approximativement la même chose.

Que les Dieux veillent sur toi sur le chemin des honneurs.

Gaius
         
         

Claude.Schertzer@wanadoo.fr

      En fait mon problème est un problème qui a existé de tout temps. J'ai un problème de garçon, je me suis séparée de mon petit copain et maintenant je voudrais retourner avec lui. Il a encore des sentiments, ça se voit, mais je suis une fille très peureuse et j'ai peur de faire des choses que je regretterais. Je pense que tu peux comprendre, tu pourrais demander à ta femme ce qu'elle ferait à ma place. Je te raconte tout ça parce que je te fais confiance.

Amicalement,

Géraldine
         
         

Caligula

      Gaius à Géraldine, salut.

Je suis flatté de ta confiance mais me voilà aussi bien ennuyé. Tu sais, mon épouse Caesonia a XXXV ans et est mère de IV filles, dont la mienne. Tes propos la choqueraient beaucoup car nos deux cultures sont très différentes, pour le peu que j'ai pu en apprendre à travers les courriers que je reçois. Chez nous, il est très mal vu pour une jeune fille d'avoir des amants... C'est là un comportement de femme de mauvaise vie. À Rome, dans les bonnes familles, une femme reste chez ses parents jusqu'à ce qu'on lui choisisse un époux, avec lequel elle se mariera et aura des enfants. Légalement, elle appartient à son père puis à l'homme qu'elle a épousé, qui a droit de vie et de mort sur sa personne. Par contre, chez toi, tu sembles dire qu'il est normal pour une jeune fille de voleter d'un garçon à l'autre... ici, il n'y a que les courtisanes et les femmes faciles qui font cela. Et tu ne dois pas être une courtisane puisque tu m'as parlé d'un titre honorifique il y a peu. En quelques mots, gentille Géraldine, je ne sais quoi te dire si ce n'est ceci: prends ta vie en main et fais ce que tu crois être le mieux pour toi en essayant de ne pas faire souffrir les gens que tu aimes. La peur se dompte comme un animal. Au début, il montre les dents et ensuite, il se laisse caresser. Mille personnes pourront te donner des conseils mais ce sera toujours à toi qu'il appartiendra de prendre les décisions importantes. C'est ta vie et seulement la tienne. Ne laisse jamais personne la vivre à ta place. Jamais! Ne donne pas aux événements une importance qu'ils sont loin d'avoir et dis-toi bien que le regard des autres importe peu tant que toi tu te sens bien telle que tu es dans la voie que tu as choisie.

Puisse Vénus t'aider dans ta décision car moi, je ne le puis.

Gaius
         
         

Claude.Schertzer@wanadoo.fr

      Je te remercie pour ta réponse et puis en te lisant j'ai appris que la civilisation a beaucoup changé, ici les filles sont libres de choisir l'homme de leur vie et aucun parent ne peut s'y opposer. Tu as aussi raison sur le point que je dois prendre les choses en main. En fait, dans la vie active, je suis quelqu'un de très ouverte, mais en amour c'est dur. Je n'aime pas me montrer, je suis très timide et n'ose pas avouer mes sentiments.

Faut aussi dire que l'amour est très difficile à comprendre. Je voulais savoir si de ton temps les vedettes de la chanson ou des idoles existaient? Tu vois une personne qu'on admire mais qu'on a du mal à rencontrer tant elle est célèbre.

Amicalement,

Géraldine