Lettre d'acceptation
de Cadichon
à l'Éditeur
        Cadichon

       
         
         

Cadichon

     

Château de la Herpinière, 25 janvier 1859

D'Âne à Anne,

J'ai profité l'an passé d'un hiver fort rude, qui ne me permettait guère de rester dehors, pour composer et écrire quelques événements importants de ma vie. Ils ont amusé mes petits amis, tant et si bien que Madame de Ségur, leur bonne grand-mère et ma chère maîtresse (avec le petit Jacques!), en a fait faire un vrai livre: Les Mémoires d'un âne. Elle a eu la prudence de le publier sous son nom: le château serait pris d'assaut si le public savait que je connais mes lettres!

J'ai pris ainsi bien du goût à écrire. Et voici cette année encore un hiver rigoureux, qui annoncerait beaucoup d'ennui si ma bonne maîtresse et la jeune Sophie de Réan, qui écrivent déjà dans votre Dialogus, n'étaient venues de votre part me proposer de me joindre à elles. Elles n'ont pas oublié, bien sûr, de me transmettre votre charmante lettre!

Anne, ma soeur Anne, comment saurais-je résister à la gracieuse proposition d'une si belle âme, ornée du plus magnifique des prénoms?

Pardonnez, Madame Guélikos, cette plaisanterie de vieil âne farceur! Vous savez, puisque vous avez lu mes Mémoires, qu'il m'arrive d'être un peu taquin. Mais c'est moi, ma bonne amie, qui dois vous être reconnaissant si je puis, grâce à vous, correspondre avec les hommes de votre temps!

Je croirais bien qu'ils ne sont guère différents de ceux du mien, qu'en pensez-vous? Alors peut-être que mes aventures les intéressent encore? Peut-être que mon expérience de vieux «bourri» malicieux mais repenti me permettra de leur donner quelques bons conseils?

Hi-han! ma soeur Anne; je vous suis bien reconnaissant et vous souhaite d'avoir toujours aussi bon coeur que beau nom.

Cadichon, âne savant