| Lettre d'acceptation de Charles Bukowski à l'Éditeur |
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| San Pedro, Californie, octobre 1992 Monsieur, Ça fait un bon bout que je n'ai pas pris la plume. Ma femme m'a convaincu qu'il valait mieux que je fasse quelque chose de ma peau, que je fasse ce que je fais le mieux selon elle, écrire, au lieu de passer mon temps à brûler du fric au champ de courses de chevaux et de revenir à la maison, vidé, morose, et à rester assis dans mon fauteuil à me tordre les tripes en pensant à la mort qui va bientôt me donner un coup de pied au cul. Chacun son tour. Alors voilà, même si elle me fait souvent chier, Linda vaut la peine qu'on l'écoute parfois. Et comme je vais crever dans les prochains mois selon le toubib, alors pourquoi ne pas m'amuser un peu avant de râler la gueule ouverte en participant à ce projet... C'est quoi déjà? Dialogus? C'est plutôt moyen comme nom, mais bon. Le nom est moyen mais l'idée intéressante. Correspondre, répondre à des gens qui m'écrivent, à des lettres de fans ou de connards de toutes sortes. Pourquoi pas. Je pourrai peut-être en tirer un dernier recueil. Ce serait un beau titre ça: «Un recueil avant le cercueil». Voilà. Pas besoin d'une photo pour dire que si jamais ça vous intéresse, je suis disponible. Mais pas indéfiniment. Si jamais ma chance tourne dans mes paris ou si jamais je réussis à dialoguer avec les canassons pour connaître leurs états d'âme avant une course, alors là, le choix ne sera pas difficile à faire pour combler mes temps mort. J'ai bien dit mes temps mort. Je veux bien écrire. Mais je veux avant tout écrire pour rester en vie, comme je l'ai toujours fait. Je ne vous embrasse pas. J'ai un feu sauvage sur la lèvre supérieure. Buk |