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Sylvain
écrit à

La reine Brunehilde


Votre famille


   

Votre Majesté,


Je me nomme Sylvain, j'ai vingt-quatre ans et je vis à Strasbourg, en France. Je voulais savoir, si ce n'est pas indiscret, quels sont vos rapports avec vos parents, vos frères et sœurs et avec vos enfants et petits-enfants.


Au plaisir,

Sylvain


La Reine Brunehilde à Sylvain,


J’ai vu mourir tous les miens, assassinés par des traîtres ou disparus dans d'âpres luttes fratricides pour le pouvoir. Pour eux, j’aurais pu demander réparation. La vengeance aurait apaisé mes souffrances. Cependant, je ne l’ai pas fait. Ne croyez pas pour autant que leur mort ne m’ait pas torturée. Mais si en appeler à la vengeance et donner la mort sont des moyens que réclament parfois les affaires du royaume, ils ne permettent pas toujours de régler les affaires personnelles.

Mes parents ont veillé à mon éducation. J’ai appris d’eux à tenir mon rang. Mon père, le roi Athanagild, quand il vit qu’il n’aurait pas de fils, tint à ce que je puisse, un jour, prendre la tête d’un royaume, aux côtés d’un époux ou seule. C’est ma mère, la reine Goïswinthe, qui m’a transmis son savoir en matière de droit, de géographie et de théologie, toutes choses bonnes à savoir pour mener un état. Elle avait une très haute idée du pouvoir et m’a transmis sa passion. Nous avons par la suite, lorsque je suis devenue reine des Francs, correspondu de façon suivie et dans nos lettres, nous avons partagé nos statuts de femme, de mère et de reine.

Ma sœur aînée, Galswinthe, fut une compagne de jeux dans mes premières années, une compagne d’études par la suite, quand notre mère et nos professeurs nous apprirent à toutes les deux ce que nous devions savoir. Son assassinat me plongea dans la douleur.

La mort de mes enfants, puis de mes petits-enfants et, il y a peu de temps, de deux de mes arrière-petits-enfants, fut un poignard enfoncé dans mon cœur.

Ingonde, ma fille et son fils Athanagild, retenus prisonniers par l’empereur Maurice, morts si loin de moi. Quels furent leurs derniers instants? Je ne suis même pas sûre qu’ils soient morts naturellement.

Les fils de Childebert, mon fils, entrés dans une lutte fratricide, l’aîné, Théodebert se retournant contre moi, tendant des traquenards à son frère, Thierry, m’amenant à revenir m’occuper des affaires du royaume, m’obligeant à passer un accord avec Clotaire, ce même Clotaire qui va me mettre à mort demain et qui a assassiné mes arrière-petits-enfants. Deux sont encore vivants mais quel destin les attend? Childebert s’est enfui: combien de temps échappera-t-il à ses poursuivants? Quant au plus jeune fils de Thierry, Mérovée, Clotaire l’a épargné car il est son parrain. Mais cette raison n’est sans doute pas la seule, ni même la principale. Clotaire voit plus loin: si son fils, encore très jeune et très fragile, ne parvient pas à l’âge adulte, Mérovée montera sur le trône. Cette idée n’est pas pour me déplaire mais de savoir Mérovée entre les mains du fils de Chilpéric…

Je m’étais retirée dans mes terres d’Autun, me préparant à une retraite spirituelle, donnant du temps à mes fondations pieuses et me préparant, jour après jour, à rencontrer mon Créateur. Je passais mes journées auprès de mes arrière-petits-enfants que j’imaginais monter à la mort de leur père, sur le trône.

Mais le jeu politique en a décidé autrement. Je n’ai plus les dés en main. FINIT.

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