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          Dialogus

Étienne
écrit à

La reine Brunehilde


Votre beauté


   

Depuis ma plus tendre enfance, je suis fasciné par l'histoire mérovingienne notamment lorsqu'elle concerne votre époque. Tous vos contemporains s'accordent pour dire que vous êtes une reine d'une grande beauté et d'une intelligence admirable. Pouvez-vous me dire quels sont les canons esthétiques de votre époque? L'un des vos attributs célèbres est votre chevelure légendaire. Comment est-elle: blonde, brune, châtaine ou rousse? Je voudrais que vous me donniez des détails.

Puis-je vous poser une autre question: comment était votre mari, le regretté Sigebert? Avez-vous connu votre ennemie Frédégonde de près? Si oui, comment était-elle en apparence? On dit que vous rivalisiez sur tout. 
                                     
J'espère que vous aurez le temps de répondre à mes questions.                               

Votre dévoué,

Étienne


La Reine Brunehilde à Étienne,


La beauté ne tient pas aux seuls attraits physiques. Le corps, l’esprit et le sang sont liés par des liens serrés. Sans doute, certains vers de Fortunat vous sont-ils parvenus ou bien quelque écrit de Grégoire, l’évêque de Tours, vantant ma beauté? Le teint blanc rehaussé de l’incarnat des joues et l’éclat du regard, chantés par nos poètes, Dieu m’en avait pourvue. Le roi se devait d’être l’époux de la plus belle femme du royaume; à ses côtés, lors de toutes les cérémonies officielles, je pus ainsi lui faire honneur. Car ma beauté était au service de la représentation.

Mais nous croyons que les traits du visage sont le reflet de l’âme. La naissance, la prestance naturelle de notre maintien, et la bonté et la clémence, voilà ce qu’est la beauté.

Je crois que vous vous méprenez lorsque vous évoquez ma «légendaire» chevelure. La seule chevelure qui importe est celle des rois. Parce qu’elle est le signe de la royauté. Seuls les descendants de Mérovée et de Clovis ont le droit et se doivent de porter les cheveux longs. Tondre ou tonsurer un roi, c’est affirmer qu’il est un usurpateur ou c’est lui retirer ses prétentions à régner. Sigebert, mon époux, tondit la chevelure de l’usurpateur Gundowald. Mon second époux, Mérovée, fut tonsuré par son père Chilpéric qui le fit enfermer ensuite au monastère de Saint-Calais près du Mans.

Quant à ma «légendaire» chevelure, elle est blanche aujourd’hui.

J’ai eu la chance d’épouser le plus adroit et le plus ambitieux des fils de Clotaire. Sur le chemin qui menait de Tolède à Metz, l’ambassadeur Gogo, venu, au nom du roi Sigebert, négocier notre union, a eu avec moi de longs entretiens grâce auxquels j’appris à connaître celui qui allait devenir mon époux. Sigebert régnait depuis cinq ans et déjà, il avait su démontrer qu’il était un excellent guerrier, un diplomate avisé qui savait aussi bien apaiser les crises familiales que conclure des traités audacieux et efficaces avec ses ennemis.

Il était de même, un roi chrétien, respectant les préceptes du vrai Dieu. Je n’ai jamais eu à subir la honte de voir sa couche partagée par une concubine. Vaillant au combat -  il a repoussé les Saxons, les Avars -  il savait aussi être clément - il a épargné le fils de Chilpéric alors qu’il était en droit de le mettre à mort après le sac de la cité de Reims.

Descendant de Clovis, sans que rien ne puisse entacher cette glorieuse ascendance contrairement à certains qui y prétendaient, il était paré des vertus d’un empereur romain.

Je n’ai jamais rencontré Frédégonde. Nous étions deux reines et nous nous sommes affrontées sur le terrain politique. Nous étions deux veuves et ce statut peut condamner au couvent ou au remariage organisé. Nous avons toutes les deux choisi de réagir et de rester. Ni haine ni compassion: nous avons œuvré chacune pour notre royaume, pour que nos fils et petits-fils règnent, dans l’espoir de les voir tenir le Regnum Francorum unifié. Frédégonde n’a été  qu’une adversaire parmi d’autres. FINIT.

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