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Anne
écrit à

La reine Brunehilde


Époque


   

Bonjour,

À quelle époque avez-vous vécu?


La reine Brunehilde à Anne

On vient de m'apprendre que le message que je vous ai envoyé ne vous est jamais parvenu. Ce qui ne me surprend guère. Ce qui me surprend, c'est de penser que le mauvais papyrus que j'utilise pour vous écrire puisse franchir ce qui nous sépare.

Mon époque? Que voulez-vous en connaître? Comment nous gouvernons? Le nom de nos rois et celui de notre empereur? Les guerres que nous faisons et les alliances que nous nouons? Quelle est notre foi? Nos relations avec l'évêque de Rome, Grégoire? Est-ce le monde autour de moi qui vous intéresse? Celui du palais?

Aujourd'hui que je suis entre les mains de Clotaire, aujourd'hui que je suis une reine déchue, aujourd'hui que je vais mourir d'une mort infamante, je sais que si un homme savant décide d'écrire l'histoire du royaume comme Grégoire, l'évêque de Tours, l'a fait il y a maintenant plus de vingt années, il fera de moi une seconde Jézabel, c'est évident! Mais peut-être que ces quelques lignes permettront que votre siècle pense autrement à mon sujet. Si le livre de Grégoire vous est parvenu, lisez-le. Vous connaîtrez notre histoire, d'où nous venons, les hommes illustres dont nous sommes issus, vous y trouverez Clovis, l'aïeul de mon premier époux; Grégoire, l'évêque de Rome avec lequel j'ai correspondu longuement, nous avons travaillé ensemble à la réforme de l'église des Gaules. Vous y verrez aussi l'empereur Maurice qui régnait depuis Byzance. Tous ces grands hommes sont morts aujourd'hui et je vais mourir aussi. Il ne reste personne de ma descendance. Je ne sais quel roi sera Clotaire, je ne sais ce qu'il adviendra du Regnum Francorum sur lequel j'ai régné et qui est peut-être le royaume dans lequel vous vivez aujourd'hui. J'ai aimé le pouvoir, j'ai œuvré pour ce royaume qui est devenu le mien lorsque j'ai épousé Sigebert et surtout lorsque je suis devenue sa veuve. J'aurais voulu que ce grand territoire reste entre les mains de mes descendants. Mais cela ne sera pas.

Je suis née dans un âge où Rome comptait encore. Rome forçait notre admiration. J'ai tâché, ma vie durant, de maintenir ce que l'Empire avait bâti. J'ai dû aussi faire des choix parce que le monde changeait. En politique, il faut être souple et pragmatique. Nous admirons l'Empire mais, je peux bien le dire, nous haïssons l'Empereur. Aujourd'hui, il est évident que Rome ne renaîtra pas de ses cendres. Un nouveau monde est en train de naître. Nous nous sommes détachés peu à peu de l'Empire pour nous rapprocher du nouvel arbitre du jeu, le siège apostolique. Oui, un nouveau monde est en train de naître qui sera fondamentalement chrétien. FINIT

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