Esthétique
       
       
         
         

ouzbekicide@caramail.com

      Respect,

J'aimerais avoir votre avis sur certaines questions que je me pose encore:

Le processus créatif doit-il être principalement instinctif ou davantage intellectuel?

La fonction de l'art est-elle selon vous de faire naître «artificiellement» une émotion ou est-ce que cela va plus loin?

L'art doit-il selon vous être d'abord ludique ou doit-il nécessairement amener le «spectateur» à explorer de nouveaux horizons?

Dans la dynamique artistique, est-il selon vous plus important que l'artiste fasse ce qu'il veut de son oeuvre ou bien l'accent doit-il être mis sur la compréhension du spectateur?

L'art doit-il plaire? surprendre? choquer?

Quel est le rôle de l'émotif dans l'art versus celui de l'intellect?

Merci à l'avance pour toutes les réponses que vous voudrez bien m'accorder.

Bien à vous,
                                    
Julien Fecteau Robertson

 

       
         

Jacques Brel

      Avez-vous déjà senti naître, vivre et mourir une émotion en vous?

Les doctes réflexions sont exclues de la fête des émotions.

Le processus créatif, comme vous dites, surgit, tout simplement. Quand il a surgi, joyeusement ou douloureusement, on peut le ciseler avec talent et connaissance. Mais pas avant.

Il n' y a pas de fonction de l'art. L'art ou l'artisanat existent. Le sens de la vie, c'est de vivre. Un point, c'est tout. L'art n'est pas un outil de façonnement social ou individuel. Il ne faut pas confondre le râteau, le jardin, et les fleurs.

L'art qui voudrait, comme vous dites, surprendre, plaire, choquer, n'est que manipulation artificielle d'émotions. Dangereux d'ouvrir des portes ou des écluses au gré d'un simple désir de pouvoir sur les autres!

Pleurer ou rire vaut mieux que trop réfléchir. Les miroirs réfléchissent mais restent trop froids pour servir la vie.

Brel
         
         

ouzbekicide@caramail.com

      Recevez une seconde fois les mêmes respects.

Évidemment que j'ai déjà senti naître, vivre et mourir une émotion en moi. Vous parlez à un humain, monsieur Brel, il en est encore en 2004. Mais cette émotion était le fruit de l'extérieur et agissait sur celui-ci. Elle était fruit d'une perception rationnelle (dans une mesure humaine) de ce qui se produisait en ou autour de moi.

Je ne suis pas d'accord avec le coupage au couteau lorsque vous affirmez que «les doctes réflexions sont exclues de la fête des émotions». Les unes et les autres s'entre-créent, s'entre-servent, s'entre-influencent. Non?

Quelle que soit la nature du processus créatif, ou la manière dont on le matérialise, il doit bien surgir de quelque chose. Non?

Que l'art n'existe pas nécessairement pour un but précis, je le conçois. Il est des oeuvres qui en ont. L'art a pourtant un effet. Créer cet effet n'est-il pas le but de l'artiste?

Qu'est-ce qui est, selon vous, le râteau, le jardin et les fleurs?

Pourquoi, par votre art, ouvrez-vous les écluses qui pourraient bouleverser nos sentiments? Vos chansons surprennent, choquent et/ou plaisent. Par elles, vous influencez nos émotions.

Réfléchir n'empêche pas de rire ou de pleurer. Au contraire la pensée réfléchie, mûrie, ne donne-t-elle pas plus de sens et de profondeur à l'émotion?

Si l'art est, qu'il le veuille ou non, un miroir pour l'homme, comment ne pourrait-il pas servir la vie? C'est par les miroirs que les femmes se remodèlent.

Selon vous, à partir de quels critères devrions-nous apprécier une oeuvre?

Fecteau-Robertson

 

       
         

Jacques Brel

      Je prend une bonne bière en vous souhaitant un peu de vivre vraiment avant de rejoindre la vôtre!

Brel
         
         

ouzbekicide@caramail.com

      Dois-je en conclure que selon vous, je ne vivrai vraiment que lorsque je cesserai de me poser des questions ou que c'est une erreur de vouloir comprendre?

Fecteau-Robertson
         
         

Jacques Brel

      Voilà une bonne conclusion à notre échange.