Lettre d'acceptation
de Jacques Brel
à l'Éditeur
       
       
         
         

Jacques Brel

      Sans la présence du vieux Brassens chez vous je ne reviendrais pas sur scène chez vous.

Mais il est là et je tiens à trinquer encore avec lui.

Je vous avertis toutefois que je continuerai à pisser sur la bêtise comme les marins d'Amsterdam le font j'espère encore sur les femmes infidèles.

Ici, aux Marquises, où gémir n'est pas de mise, la pluie traversière érotise l'odeur de mes hibiscus et de mon amour vanillé.

Mon voisin, qui repose au cimetière du bout de mon chemin, Paul Gauguin, se repose toujours dans sa petite mort de l'après-jouir.

Après ma traversée océane, je cavale enfin libre de toutes les infidélités, même à moi-même, dans ma robe de cheval libre et blanc au bord des falaises d'Hiva Hoa!

Il m'a fallu beaucoup cracher, tousser, crier de chansons pour enfin hennir de liberté.

Je veux bien piaffer un peu avec vous en continuant de renâcler au soleil Pacifique.

J'ai quitté mon plat pays et les feux de la rampe pour venir célébrer des terres volcaniques au beau milieu du grand océan... Ce n'est pas pour regagner l'ombre trouble des arrières scènes. Votre Internet est un atoll à conquérir pour moi. Avec ses séductions et ses dangers. Entre deux vols à Tahiti, dans mon bimoteur devenu social, je répondrai quand je le voudrai et ce qu'il me plaira. Bourgeois: s'abstenir.

Je connais mal cette toile et crains qu'elle devienne filet. Mais je suis de ceux qui vont voir au-delà de leurs peurs.

Jacques Brel