Un petit détour
       
       
         
         

Warnajane

      Bonjour Monsieur Georges,

Ce matin je pensais justement à vous... il y avait de l'orage et comme à chaque fois que c'est le cas, je guette le manège de la voisine. Ça n'a pas loupé, elle a retrouvé un peu de réconfort auprès de Monsieur Ruellan. Enfin... pour ce que cela va vous intéresser...

Bref, je voulais juste prendre rendez-vous pour cet été si vous êtes disponible. En effet, depuis qu'en 89 j'ai écouté «la visite» de Maxime le Forestier, je pleure à chaudes larmes sur votre pierre dès que la route me fait faire un petit détour par chez vous. Mais cette année, j'aimerais vivement ne pas tomber sur une porte fermée comme à votre habitude... je ne demande pas grand-chose M'sieur Georges... un petit souffle, un petit murmure. Que j'entende à nouveau une mélodie dans les feuilles... Et si passe par là un jeune homme nostalgique, nous essaierons de trouver un banc... si c'est le cas, vous serez adorable de vous faire discret.

Je vous embrasse et à bientôt Monsieur Georges.

 

       

 

       

Georges Brassens

      Bonjour,

J'ai bien peur que cet été encore j'aie raté votre rendez-vous. Mais j'avais prévenu que je comptais bien faire la tombe buissonnière et que ce n'est pas dans le champ de navets qu'il fallait me chercher, si ce n'est pour l'enterrement d'un vieux copain. Je suis très honoré de votre visite et de celle de Maxime, mais je suis très heureux quand j'entends que l'on m'a retrouvé, bien vivant, dans mes musiques, mes chansons ou dans un de ces lieux nombreux où des amis se réunissent pour fredonner mes chansonnettes ou pour chercher à redécouvrir une facette oubliée de ce microcosme que j'ai tenté d'illustrer tout au long de mes vers.

Aussi, quand vous repasserez par Sète, ne vous attardez pas trop dans le cimetière des pauvres, même si, depuis le temps où j'y courais enfant, il est devenu un superbe jardin, mais traversez plutôt de l'autre côté du boulevard Camille-Blanc, flâner dans les salles de l'Espace Brassens. En repartant, nous aurons tous deux le sentiment d'avoir passé un moment ensemble.

Ne croyez pas aux cimetières, il faut nous aimer avant, il faut nous aimer vivants.

Au plaisir,

G. B.