Une petite dernière |
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Georges Pecnard |
Cher Georges Brassens, Vous manquez à tant de monde dont je fais partie que je prends mon culot à deux mains, et j'y vais carrément: une p'tite dernière chanson..., c'est pas possible? |
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Georges Brassens |
Cher Georges, Depuis qu'éternel estivant, je fais du pédalo sur la vague en rêvant, je veux considérer que j'ai bien mérité la retraite. Mais réjouissez-vous, je suis persuadé qu'il y a des chansons de moi que vous n'avez encore jamais entendues. Si plusieurs de celles que je n'ai pas enregistrées moi-même ont été livrées par d'autres, si la quasi-totalité de mes textes ont été publiés dans l'une ou l'autre des anthologies, quelques-unes de mes chansons sont demeurées véritablement inédites. J'espère donc vous offrir une découverte en vous livrant ici «Le mécréant repenti». Bien qu'elle ait été jadis gravée par Claude Duguet, qui en a fait la musique, cette chanson, que ceux qui la connaissent disent être du Brassens pur jus, est à mon humble avis, outrageusement méconnue. Qui aura l'heureuse sagacité de la reprendre un jour? Le mécréant repenti Ne vous fiez plus à ma glotte Pour crier à bas la calotte. Me voici réduit à néant Chantait un pauvre mécréant. Et sauf en cas de restriction De pénurie, d'inanition, Je n'boufferai plus du curé Qui fut mon menu préféré. Parce qu'un enfant de putain De moine, foutu calotin M'a quasiment sauvé la vie Certain jour que le diable fit. Certain jour que j'étais entré Dans l'antre de ce tonsuré, Pour faire main basse dessus Le tronc qui me semblait cossu. Armé d'un petit bout de bois Soigneusement enduit de poix Je pêchais petit à petit Le contenu du tronc sus-dit. J'avais déjà pris tout un tas De fausses pièces-ah! les Judas! Et des douzaines de boutons De culottes-ah! les faux-jetons! Hélas! une enfant de Marie Salope qui m'avait surpris Ameuta le corps tout entier Des grenouilles de bénitier. Les bigottes et les bigots Préparant déjà les fagots Sans rémission voulaient me faire Descendre avant terme aux enfers. En entendant tout ce bordel Le curé sautant de l'autel Accourut me sauver la mise Qui semblait un peu compromise. Il a dit: «Que Dieu lui pardonne, Ce qu'il a pris, je le lui donne Et puisqu'il est pauvre il s'ensuit que le tronc des pauvres est à lui». Et cela dit, ce ratichon, Ce satané fils de cochon, Retourna boir'avec délice Ce qui restait dans son calice. Et depuis ces péripéties, Moi qui suis athée, Dieu merci! Je vais parfois ouïr un bout De la mess' à ce marabout. Il faudrait voir ce petit air Quand, entre le Pater Noster Et le Je vous salue Marie, D'un úil complice, il me sourit. Quand il fait un signe de croix Il me l'adress' et de surcroît Quand son goupillon lance l'eau Bénit', il me vise, salaud! Ne vous fiez plus à ma glotte Pour crier à-bas la calotte. Quand un corbeau vient à passer On ne m'entend plus croasser. Ne vous fiez plus à ma glotte Pour crier à-bas la calotte. Me voici réduit à néant Chantait un pauvre mécréant. Au plaisir, Brassens |