Une carte d'amour
       
       
         
         

Anita

      Très cher tonton Georges,

Je t'écris cette bafouille depuis l'Espagne où je me suis barrée il y a de cela plus de 10 ans. Je t'écris pour te dire que tu restes dans mon coeur depuis le jour où Mimi (ma grand-mère), qui était folle de toi après Eddy Merck, me fit connaître tes chansons, ton talent, ta guasse et le reste. J'en ai maintenant 44 et quelques et je reste subjuguée encore en te retrouvant. C'est vraiment bath de s'apercevoir que la vie continue au-delà de nous-même. Pour ton ego, tu seras heureux de savoir que tu as dans la poche plus d'une génération. Je ne doute pas que, là-haut, avec tes potes, vous formez un orchestre des meilleurs pour chanter Au père éternel, ce dont il a besoin pour supporter cette humanité rebelle.

Je t'embrasse très fort, passe un bisou aux copains, Jacques, Serge, Claude et les autres.

Une petite fille encore dans ses couches, pour toujours peut-être si Dieu le veut, un grand merci pour toujours.

Anita
         
         

Georges Brassens

      Bonjour Anita,

Je suis toujours heureux de constater que ma route aux quatre chansons s'est ramifiée, qu'elle a engendré des chemins de traverse qui se sont dispersés en des contrées lointaines, grâce à des gens comme vous qui y ont trouvé une correspondance.

Je suis également touché lorsqu'on me mentionne que mes chansonnettes ont contribué à établir un rapprochement entre deux paroissiens, principalement bien sûr entre deux générations, un père et son fils, une grand-mère et sa petite Anita. Est-ce que ce n'est pas la plus émouvante dimension que peut prendre une chanson que d'évoquer à chaque fois le souvenir d'un être aimé? «Unis en Brassens», jamais je ne l'aurais présagé. Aussi, tel que vous le signalez, si plusieurs de mes collègues trousseurs de chansons semblent, depuis quelque temps, avoir une fâcheuse tendance à dévisser leur lutrin, je veux espérer que longtemps après qu'ils auront disparu, leurs chansons courront encore dans les rues et surtout qu'on continuera d'en créer de nouvelles. Et même si dans un certain sens la musique populaire est devenue une industrie, il restera toujours que la chanson, comparativement aux autres formes d'art, demeure l'art de tout le monde, accessible, et qu'il n'est pas requis de débourser ses écus pour écouter, pour aimer une chanson.

Anita, si mes ritournelles ont pu vous apporter quelque bonheur, sachez que je me considère largement remboursé par votre touchante missive.

Amicalement,

Tonton Georges