Un cadeau surprise
       
       
         
         

Francis Reynes

      Très cher Georges,

Ainsi donc tu aurais en quelque sorte réussi ce que tu chantais: «Et même à la grande rigueur ne pas mourir du tout»?

Est-ce bien raisonnable? Ne risques-tu pas de le regretter une de ces prochaines éternités? Enfin, je ne me permettrai pas de me mêler de tes affaires, encore moins de te donner des leçons, moi qui en ai tant reçu de toi (et pour mon plus grand profit!).

Mais comme tu ne revisiteras plus les studios, j'ai décidé de te faire un petit cadeau pour te remercier de ce que tu nous a entonné sur tous les tons pendant trois bonnes décades: j'ai enregistré une quinzaine de tes chansons, parmi celles que tu n'as pas eu le temps de nous offrir. Ce fut pour moi une très belle et émouvante aventure, un rêve qui se réalisait, et aussi une sorte de dette que j'honorais enfin.

Ce CD «Hommage et Fidélité» a eu l'heur de plaire aux «Amis de Georges» et je crois qu'il peut être apprécié de ceux qui te gardent dans leur coeur. Je pense donc que tu ne refuseras pas de me donner un petit coup de main pour m'aider à le diffuser. Alors je te laisse mon e-mail pour que celles et ceux qui seront intéressés aient davantage de détails:

f6reynes[at]club-internet.fr

Merci d'exister encore, même si c'est virtuellement, mais pour ma part tu es toujours resté au chaud dans ma mémoire.

Francis

 

       

 

       

Georges Brassens

      Monsieur Reynes, bonjour,

Vous avez bien raison de parler de cadeau en parlant de votre récent C.D. Et j'ai moi-même le sentiment de participer à un cadeau offert à tous ceux qui apprécient mon travail et qui sont toujours heureux d'en découvrir un prolongement, une interprétation nouvelle.

D'autant que dans ce cas-ci, comme le mentionne effectivement mon ami Joseph Moalic dans le bulletin «Les amis de Georges», votre interprétation est digne d'intérêt pour son caractère respectueux de l'˙uvre et dépourvu de fioritures. Et j'ajouterais qu'un phrasé vigoureux, une voix attachante et des arrangements imaginatifs font que ce disque est un apport appréciable à la galaxie Brassens.

C'est une particularité cocasse et qui m'amuse que plusieurs de mes textes aient été repris avec une deuxième, parfois une troisième musique. Et par ce disque vous venez ajouter avec bonheur à cet inventaire.

Et puis il y a cette chanson hommage que je reçois également comme un présent. Je ne suis pas homme à statistiques et, source d'affliction pour ma modestie proverbiale cet aveu me coûte beaucoup, mais je suis fasciné par ce phénomène rarement mentionné: il existe près de 100 chansons enregistrées, par autant d'auteurs, qui me rendent hommage. Et on ne compte plus les chansons ou poèmes destinés à me louanger et restés au fond d'un tiroir. Et on ne compte pas non plus les disques de tous calibres qui comportent parodies ou imitations de mes chansonnettes. C'est, avouons-le, un cas unique.

Si la chanson de Jean Ferra, «À Brassens» et deux titres de Georges Moustaki, (qui a même changé son prénom, de Joseph à Georges, pour me rendre hommage!) «Les amis de Georges» et «Un jour tu es parti » sont mieux connus, des dizaines d'autres chansons, rarement entendues, sont souvent fort valables et forment un ensemble étonnant.

Pour un tel inventaire il faudrait un Prévert. Mais mieux, un admirateur érudit de mon ˙uvre, monsieur Claude Richard, a dressé, il y a quelques années, la liste de ces chansons hommages, complétée par une nomenclature des enregistrements présentant des imitations, des parodies ou des allusions à mes chansons. Cette liste a alors été publiée par les bons soins du bulletin «Les amis de Georges». Avec de nombreuses créations récentes, j'aimerais lui suggérer une réédition.

L'exercice bien sûr porterait un dur coup à ma modestie mais, j'en suis convaincu, ferait grand plaisir à mes plus ardents auditeurs et permettrait à plusieurs d'entre eux de poursuivre leurs recherches de ces enregistrements, anciens ou récents.

Monsieur Joseph Moalic, cité plus haut, exégète émérite de la chanson française et de mon oeuvre en particulier, non seulement tient à jour, pour les amis et la postérité, la liste de tous ces titres, avec coordonnées de production appropriées, mais possède, dans sa colossale discothèque personnelle, tous et chacun de ces enregistrements.

Pour des problèmes de droits d'auteurs et de producteurs, il n'est pas permis de rêver d'un coffret de C.D. qui regrouperait toutes ces chansons hommages, ni même d'un album qui présenterait tous ces textes. Chaque «collectionneur» devra donc poursuivre sa petite compilation personnelle.

À vous, monsieur Reynes, et à votre C.D., je souhaite belle et longue carrière.

Brassens.