Célia
écrit à

   


Georges Brassens

   


The Brassens 2007
 

    Bonjour Georges,

Je me permets de te tutoyer. Récemment j'ai appris l'existence de The Brassens, un groupe de musique qui reprend dans ton style des chansons actuelles, telles que «Je danse le mia» d'IAM ou le premier tube de Diam's dont je ne me souviens plus le nom. Personnellement je trouve ça  excellent, mais toi, qu'en penses tu?

À plus!

Célia

Bonjour Célia,

Certains de mes inconditionnels parmi les plus puristes s’offusquent à chaque fois qu’un imaginatif détourne une de mes créations pour livrer un produit nouveau, différent, conforme à son univers culturel, à sa sensibilité propre. Et ces janissaires de l’orthodoxie voudraient que je me joigne à leurs récriminations. Mais considérant la diversité et la foultitude de ces produits dérivés, la tâche paraît insurmontable. Depuis les adaptations dans tous les styles de musique, du baroque au rap, aux traductions dans plus de quarante langues et dialectes, en passant par les imitations, les parodies, les transcriptions théâtrales de mes petites saynètes, la production est assurément impossible à régenter. Et c’est très bien comme ça.

Mon attitude est très simple: ce serait ennuyeux qu’un hurluberlu retouche l’original de la Joconde, pour en livrer une version à sa convenance. Mais que des centaines d’artistes reproduisent le célèbre portrait en l’adaptant aux variantes que leur créativité, leur univers propre, leur inspirent, ce ne peut être que positif, sans présumer de la qualité de cette nouvelle mouture.

On m’a souvent comparé à un arbre, un chêne. Quand je pense à toutes ces adaptations, je me vois plus comme un arbre fruitier, un pommier. Je me satisfais de produire des fruits, en tâchant de les rendre les plus savoureux possible. Par la suite, qu’on les mange tels quels ou que d’autres les apprêtent à leur convenance, en fassent de la compote, de la gelée ou des tartes, ça me va. Je laisse courir les voleurs de pommes!

Moi-même, qui n’avais que peu été mis en présence de la musique classique, je vous avouerais que j’ai découvert quelques œuvres majeures à travers les adaptations fantaisistes des Cinq Pères, des Quatre Barbus. Si Victor Hugo avait souhaité que l’on ne dépose pas de musique le long de ses vers, nombreux sont ceux qui m’ont déclaré avoir découvert ce poète, ou la poésie en général, grâce à plusieurs de mes chansons qui en reprennent les vers. On me dit même que les plus diffusés des poèmes de Paul Fort et de Victor Hugo, ne serait-ce que dans les manuels scolaires, sont ceux que j’ai contribué à rendre accessibles en les mettant en musique.

The Brassens! J’ai moi-même été étonné que l’on puisse encore imaginer un produit différent découlant de mon travail. L’idée était pourtant bien simple: reprendre des succès populaires, donc très connus dans leur version originelle, en les interprétant à la manière de Brassens, avec imitation fidèle de la voix. Et pour amplifier l’effet de surprise, choisir des chansons, des musiques en total décalage par rapport à ma production. Le résultat est assurément intéressant, cocasse. Par ailleurs, j’aime bien que, quand on demande à ces créateurs quelles sont leurs influences, leurs inspirations, ils mettent en tête de liste la Fédération anarchiste.

Un artiste original n’est pas celui que l’on ne peut pas imiter, mais celui qui n’imite personne et qui peut en inspirer plusieurs.

Un fournisseur de matières premières,

Brassens.