| Martin Otis
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| J'écoute votre musique avec délectation, et votre style contestataire fait du
bien à un monde qui se veut épuré de toute remise en question. Nous, les
Québécois, avons un poète chantant aussi un style s'apparentant au vôtre. Il
écrit bien, sacre parfois, mais son style contestataire tout comme le vôtre fait
de lui un chanteur sur lequel les modes du moment n'ont aucune prise. Voici
d'ailleurs un de ses textes, qui vilipende les personnes ne désirant pas
travailler et attendant l'argent du gouvernement. Un autre poète que vous avez
peut-être connu et qui venait du Québec avait aussi un style incisif: c'est
notre grand ami Félix Leclerc. C’est la journée du chèque Quelle belle journée que la journée du chèque Et bienheureux sont enfin réunis Au casino pour une partie d’échec En buvant un petit « Dry Bellini » D’aucuns préfèrent se splasher la gueule On se croirait sur la plage à Miami C’est pas une journée pour brosser tout seul Si on peut pas s’la péter entre amis Émile a mis ses beaux pantalons brun sale Réjeanne a oublié de se friser Ça sent le vieux pi-pissenlit dans salle L’esprit s’émousse dans les Alizés Émile desserre ses petites combines Qui le bouclent jusqu’à la fin du mois On n’est plus à l’époque de la robine Réjeanne sniffe d’autres choses que d’l’alcool à bois On profite d’l’économie souterraine On laisse les autres s’occuper des impôts On est comme un navire en quarantaine On est au crochant, on suspend notre peau Pour ce qui est d’assurer la relève Et pour bien garder le navire à flot On n’a même pas besoin de faire la grève Suffit juste d’engendrer une coupe de flots Aussi vrai que notre planète est ronde Et que le premier se pointe à la fin du mois On d’vrait avoir un chèque en v’nant au monde Disait Émile, le cœur tout en émoi Réjeanne, la maigre cramponnée sur sa sonde Fournissait aucune protestation Sachant à quel point les jaloux abondent Et qui faut s’méfier de la délation Quelle belle journée que la journée du chèque Et bienheureux sont enfin réunis Au casino pour une partie d’échec En buvant un petit « Dry Bellini » D’aucuns préfèrent se splasher la gueule On se croirait sur la plage à Miami C’est pas une journée pour brosser tout seul Si on peut pas s’la péter entre amis Écrit par... Plume Latraverse Bonjour Martin. Je vous remercie pour vos bons mots à mon égard. J’aime bien que vous mentionniez ma musique en premier lieu. Je ne suis pas le seul à toujours avoir été fasciné par le nombre étonnant d’auteurs-compositeurs que nous offre le Québec et séduit par la qualité de leur production, la fraîcheur de leur poésie. J’avoue ne pas bien connaître Plume Latraverse: problème de génération, sans doute. Mais je sais que pour beaucoup, et même parmi mes inconditionnels, ce troubadour des temps modernes, tout de même très dans la marge de l’orthodoxie, est un de ces auteurs de chansons qui comptent, tout en ne devant rien à personne. J’ai été très honoré d’un hommage qu’il m’a rendu lors d’une interview pour la revue «Chansons d’aujourd’hui». (1) Par contre, j’ai bien connu Félix Leclerc, qui est devenu un ami personnel, ainsi que Gilles Vigneault, avec qui malheureusement j’ai eu trop peu d’occasions d’échanger, si ce n’est à ses tout débuts. Mais, tout comme pour Félix, j’ai toujours admiré son univers poétique unique, la fraîcheur et l’originalité de sa production. Par ailleurs, ça me confortait de constater que l’on peut être un monument de la chanson avec encore moins de voix que moi et en faussant beaucoup plus que je ne le fais! Lorsqu’on parcourt le vaste répertoire de la chanson québécoise, il apparaît nettement que le contexte social et politique particulier de ce coin de pays, tout autant que son climat marquant, se sont avérés être des sources d’inspiration riches et inépuisables. Le besoin d’affirmer une culture distincte, de «dire le pays», comme le chante Vigneault, a fait naître un souffle poétique puissant, créatif, attachant. La chanson est le seul art qui soit un art de vivre. J’ai le sentiment qu’au Québec, c’est particulièrement vrai. Un cousin de France, Brassens. (1) «Mon chanteur préféré, depuis longtemps. Ses chansons sont tellement bien faites qu’elles ne vieillissent pas. Au début, il était farceur, avec des chansons comme «Le gorille», ou «L’hécatombe». À la fin, sa façon de faire est devenue savante... Il a écrit des chansons à plusieurs volets, ou plusieurs niveaux, comme «Don Juan». En ce moment, celle qui me touche le plus, c’est «La rose, la bouteille et la poignée de main». Trenet, c’est gai. Il a travaillé la fantaisie. Brassens a creusé la simplicité.» P. L. |
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