Renaud et Bénabar
       
       
         
         

Virginie

      Voilà, je me présente en quelques mots, j'ai 20 ans et je suis étudiante en socio-éthnologie et je suis admirative de votre oeuvre, bien que je ne la connaisse pas encore en totalité...

Ma question concerne ceux qui sont capable de prendre votre suite, que pensez-vous de Renaud, qui lui vous admirait aussi beaucoup?

Connaissez vous Bénabar et l'estimez-vous dans la lignée de votre «courant musical»?

Merci d'avance.

 

       

 

       

Georges Brassens

      Mademoiselle Bonjour,

Je connais encore bien peu le Bruno Barnabé, dit Bénabar. Votre lettre récente m'a donné l'occasion de le réécouter.

Je dois avouer que son interprétation de ma chanson «Embrasse-les tous» m'a apporté un moment de sérénité et de fraîcheur au milieu du disque «Les oiseaux de passage», par lequel divers sympatiques artistes «actuels» ont bien voulu me rendre hommage, mais qui, pour quelqu'un de ma génération, peut parfois être déroutant.

Pour ce qui est de son ˙uvre propre, les chansons de Bénabar réunissent assurément des qualités que j'apprécie. Ses charmantes comptines, imprégnées d'humanisme, de générosité et de tendresse sont bien construites et atteignent agréablement la fusion avec des mélodies accessibles et plaisantes. Et j'admire tout artiste qui réussi à perpétuer la continuité d'une chanson française traditionnelle dans un contexte où elle est pratiquement devenue marginale.

Pour ce qui est de Renaud, j'ai souvent eu l'occasion d'exprimer toute la joie et l'enthousiasme que me valent ses chansons. Je vous invite à lire plus haut les correspondances intitulées «Renaud» et «Le dernier Renaud».

Enfin, je veux toujours considérer qu'un élément qui caractérise un artiste remarquable, c'est son individualité, une personnalité distincte. Bien sûr, on sera toujours tenté de déceler une filiation, une influence ou d'inscrire un créateur dans une tendance qu'on peut étiqueter. Mais pour un artiste tel que Bénabar on peut entrevoir des correspondances avec des sources si diversifiées (dont un «cousinage» avec Renaud et Leprest, comme le suggère la revue Chorus dans un portrait de Bénabar), que je préfère de beaucoup mettre l'emphase sur le talent que cet artiste a manifesté à absorber toutes les influences possibles et à les régurgiter malaxées à son bagage personnel.

De mon côté, je découvrais récemment un autre jeune auteur-compositeur interprète infiniment personnel et prometteur et, tout comme pour Bénabar, j'aurais été très heureux de présenter Vincent Delerm en première partie de mes spectacles.

Amicalement,

Brassens